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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 15:23

 

A tel point qu'il censure même les bibliothécaires parisiens qui relayent le communiqué de l'ABF. Une faute politique dénoncée par la CGT puis par la CFDT

 

La Ville de Paris n'avait sûrement pas prévu ça, mais en démarrant il y a quelques jours avec force trompettes, sa bibliothèque numérique basée sur l’offre de PNB  (prêt numérique en bibliothèque) elle a relancé un débat sur la pertinence de ce dispositif dans les établissements de lecture publique. De quoi rendre fou Bruno Julliard qui voit les critiques s’accumuler contre son bébé.

 

Le débat existait pourtant depuis plus d'un an, au moment où la ministre de la culture, Fleur Pèlerin, annonçait avec enthousiasme un accord sur l'avenir du livre numérique et des service publics culturels. Un enthousiasme vite douché par le site spécialisé dans l'univers du livre, ActuaLitté et le collectif SavoirCom1, composé d'universitaires, de bibliothécaires et de juristes en droit d’auteur, lesquels avaient dénoncé un modèle économique hors de prix pour les bibliothèques (lire ici). Une alerte qui n'a apparemment pas atteint les décideurs politiques, en principe soucieux des deniers publics, notamment à la Ville de Paris qui a décidé coûte que coûte de mettre en place ce projet alors qu'il n’existe « aucune évaluation qualitative de ce modèle » selon les termes de l'association des bibliothécaires de France (ABF).

 

Oui, mais voilà tout ce qui se passe dans la capitale fait immédiatement caisse de résonance. C'est d’abord, la CGT culture, qui s'est émue de l’indigence tant du système que du modèle limitant le nombre de prêt pour chaque livre numérique à 30 emprunts, au terme desquels la bibliothèque devra racheter l'ouvrage.

 

Et le syndicat d’expliquer : « Le livre numérique (ou ebook) coûte cher. Systématiquement plus cher qu’un livre traditionnel (en papier quoi) en ce qui concerne le tarif appliqué aux bibliothèques. Très cher même, car le modèle en vigueur est celui d’une cession de licence, à la fois limitée dans le temps (six ans, pour Paris) et plafonnée au nombre d’emprunt. Avec le PNB (prêt numérique en bibliothèque) c’est fromage et dessert. Des livres électroniques qui contrairement aux bons vieux livres en papier ne sont jamais vraiment acquis. Sauf à les racheter éternellement. Si la mairie de Paris veut mettre en place une bibliothèque numérique, pourquoi pas ! Mais il faut alors un autre rapport de force avec les éditeurs et un droit de prêt numérique similaire au droit de prêt papier sans contrainte de durée ni de nombre de prêts », commente la CGT Culture (lire ici). 

 

De son côté Savoir Com1, encore lui, a décidé de se saisir du lancement parisien pour dénoncer ce système absurde et mettre la ville de Paris face à ses contradictions en appelant à  télécharger jusqu'à épuisement des stocks tout les fichiers disponibles à travers une campagne sur Twitter avec le hashtag la #chasseauxjetons. « N’hésitez pas à l’utiliser et à la tester, elle va probablement être rapidement inutilisable avec le merveilleux système de jetons que PNB propose. Comme les bibliothèques sont facturées au nombre d’emprunts de livre numérique et qu’elles ont des budgets limités, plus le public consulte les fichiers de PNB et moins la bibliothèque peut les proposer! Plus on fait notre métier de médiateurs sur ces contenus et moins on a de livres numériques à recommander, n’est-ce pas formidable ? Allez n’hésitez pas à télécharger des livres et le dire sur twitter, la #chasseauxjetons est lancée! » ont déclaré les membres du collectif dans un communiqué. Savoircom1 a par ailleurs développé sa position dans une tribune très argumentée publiée sur Rue 89 (lire ici).

 

Contacté par Rue89 justement, le cabinet de Bruno Julliard, premier adjoint chargé de la Culture à la mairie de Paris, qui « regrette la campagne lancée par SavoirsCom1 » se défend comme il peut « Certes, le nombre de prêts est limité, ainsi que sa durée. Mais c’est parce qu’il a fallu mettre en confiance les éditeurs, secoués par le changement de leur modèle d’affaires » précise l'élu. Et d'annoncer, incantatoire, que « l’idée est bien d’obtenir des conditions plus avantageuses ».

 

 

                             Prêt numérique : Bruno Julliard, incantatoire, s'adresse aux éditeurs

Les critiques contre les conditions du Prêt Numérique en Bibliothèque (PNB) rendent fou Bruno Julliard

                         - Allez, soyez sympas quoi, accordez-moi des conditions plus avantageuses

 

 

C'est alors que l'ABF, l'association des bibliothécaires de France s'est, à son tour, invitée dans le débat à travers un communiqué des plus cinglants. L'ABF s'inquiète ainsi du manque de transparence autour du PNB : « il n'y a pour l'heure aucune évaluation qualitative de ce service »

 

L'association pointe également « le risque de fracture territoriale » qui pourrait advenir entre les grandes collectivités qui bénéficient de ressources financières suffisantes et les petites et moyennes bibliothèques qui sont dans l'impossibilité d'accéder à un service onéreux. « Nous déplorons le fait que PNB crée une inégalité d'accès à la lecture pour les usagers sur l'ensemble du territoire français » souligne l'ABF. D'ailleurs dans un entretien accordé à Archimag, Lionel Dujol, secrétaire adjoint chargé du  numérique à l'ABF, précisait que « le coût unitaire d’un prêt de livre numérique par rapport à un livre papier est jusqu’à quatre fois plus élevé ! ».

 

Pour l'Association des Bibliothécaires de France,la critique ne s'arrête pas là puisque avec les mesures techniques de protection insérées dans le système PNB : « beaucoup d'usagers ne seront pas en mesure d'accéder à ce service qui nécessite un certain niveau d'aisance avec l'ordinateur ». et L'ABF de demander au ministère de la Culture de « diligenter une véritable étude indépendante qui puisse faire le point de cette année d'évaluation » (lire ici). 

 

Une évaluation qui visiblement ne sera surtout pas faite par la mairie de Paris. Il est vrai que l’équipe qui entoure Anne Hidalgo n'aime pas beaucoup la critique. Les premières victimes ont été les bibliothécaires de la capitale qui ont eu l'audace de relayer le communiqué de l'ABF sur les comptes twitter officiels de leur bibliothèque respective. Une initiative qui n'a pas vraiment été du goût du cabinet de Bruno Julliard qui par le biais de son bureau des bibliothèques (BBL) a appelé les établissements concernés à retirer leurs tweets comme l'a révélé la CGT culture (lire ici).

 

« Nous avons été sommés de retirer ces tweets qui ne représentent à nos yeux qu'un droit à l'information pensons-nous; le droit à l'information, c'est aussi le droit à l'information contradictoire pour que chacun, chacune se fasse une idée » ont ainsi affirmés de nombreux bibliothécaires parisiens qui n'ont pourtant fait que travail de veille documentaire dans cette histoire. D'ailleurs quelques jours après, c'est au tour de la CFDT de dénoncer la censure municipale (lire ici). Comme quoi Bruno Julliard a peut être bien commis ce que l'on appelle une faute politique. Et comme le résume si bien la CGT « La mise en place de la bibliothèque numérique à la ville de Paris semble rendre fous ses zélateurs ».

 

 

          Prêt numérique: Bruno Julliard tente de mettre au pas les bibliothécaires parisiens

Les critiques contre les conditions du Prêt Numérique en Bibliothèque (PNB) rendent fou Bruno Julliard

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