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8 février 2016 1 08 /02 /février /2016 11:20

 

Libération : le 3 février 2016

 

Une ex-employée décrit les mauvaises conditions de travail des personnels d'une l'institution qui dans le même même temps diffusait des films dénonçant l’exploitation du prolétariat

 

Il y a quelques jours, la Cinémathèque française changeait de patron, Frédéric Bonnaud prenant la succession de Serge Toubiana, lui-même en poste depuis 2003. Comme pour saluer cette entrée en fonction, une étudiante en cinéma, ex-employée d'un prestataire de l’institution de la rue de Bercy, lui a adressé une lettre filmée, postée sur YouTube. On y apprend qu'à la cinémathèque le social, c'est vraiment du cinéma

 

Filmée en plan fixe, entre une affiche de cinéma, un portrait de Godard et son costume d’hôtesse, la jeune femme de 22 ans dénonce les conditions de travail des personnels d’accueil de la Cinémathèque. Passionnée de cinéma, elle expose que son rêve le plus cher était de travailler dans ce saint des saints, avant d’y parvenir début 2012. C’est son premier job et elle découvre alors que l’accueil est sous-traité à une société extérieure, qui lui propose « un contrat ponctuel », autrement dit à la journée ou à la semaine, renouvelable.

 

Heureuse d’intégrer les lieux, elle se fiche même de ne pas recevoir de prime, récompense pourtant promise après l’exposition Tim Burton, qui vit défiler par tous les temps un public phénoménal et turbulent. « C’était une situation réelle, confirme quelqu'un d'autre, qui a travaillé dans les mêmes conditions pour la Cinémathèque. Toutes les semaines il fallait appeler la patronne pour savoir si on allait travailler et elle nous prévenait souvent au dernier moment. On pouvait faire parfois huit heures de caisse avec à peine vingt minutes de pause déjeuner ». Cette personne, qui a souhaité garder l’anonymat, a également constaté que les conditions de travail sont nettement meilleures dans des établissements culturels qui ne pratiquent pas la sous-traitance.

 

La situation va se corser à l’arrivée d’une nouvelle personne chargée des relations entre la société de sous-traitance et la Cinémathèque. La pression s’accentue fortement sur ces précaires. « On nous menace subtilement, ça fonctionne au chantage affectif. On nous appelle pour travailler la veille pour le lendemain. […] Dès lors, il faudra supplier pour travailler ». Souffrance au travail, collègues qui craquent… Une grève finit par éclater sans préavis le 8 mai 2014 à la suite du licenciement d’une collègue en CDI pour faute grave.

 

Le tract de la grève souligne à l’époque : « La Cinémathèque française ne peut prétendre ignorer nos conditions de travail. En fermant les yeux, elle cautionne le fonctionnement de C.O. [initiales de la société City One, ndlr] ». Mais le mouvement ne dure qu’une journée, poursuit la jeune fille, à cause des menaces de licenciement, ou plutôt de « non-reconduction » pesant sur les contrats précaires. L’étudiante déchante de plus en plus « entre les histoires de harcèlement, de délation, d’accusations mensongères, de collègues renvoyés pour de faux motifs, d’emplois du temps ingérables…».

 

 

                                              Serge Toubiana, un patron cool issu de la gauche progressiste

A la cinémathèque, le social c'est vraiment du cinéma

                                                          - La preuve , je porte un jean hors de prix et pas de cravatte

 

 

Et c’est au partant, Serge Toubiana, directeur des lieux depuis treize ans, que s’adresse la jeune femme. « Grève étouffée et sans retentissement. Monsieur Toubiana ne veut pas que le bruit contamine la Croisette à Cannes ». La Cinémathèque ne bronche pas, souligne-t-elle, malgré l’intercession de personnes syndiquées en interne. Vingt jours après le mouvement s’ouvre une rétrospective consacrée aux frères Dardenne, cinéastes qui dénoncent la misère sociale et l'exploitation du prolétariat. Comble d’une ironie qu’elle souligne : « Monsieur Toubiana, il vous suffisait de descendre les sept étages qui nous séparaient. Nous sommes peut-être moins romanesques mais nos situations étaient les mêmes ».

 

La jeune femme, qui réalise un master en cinéma sur les cinéphiles de la Cinémathèque, auxquels elle a déjà consacré un court documentaire, n’a finalement pas été reconduite en septembre 2015 après trois ans et demi de contrats brefs. Aucune explication ne lui a été donnée. L’agence sous-traitante n’a pour l'heure pas donné suite à l’appel de Libération.

 

Du côté des personnels de la Cinémathèque, plusieurs personnes, qui tiennent à rester anonymes par peur de représailles, indiquent que le mot d’ordre interne de la direction est de ne surtout pas répondre à la missive « pour ne pas lui donner d’écho ». Et confirment que la situation décrite par la jeune femme est «avérée, connue, et enracinée depuis un certain temps ». « Quand elle parle des Dardenne, elle a absolument raison, dit un autre. Tout le monde le sait et, il faut bien le dire, chacun ferme les yeux sur la situation ».

 

Le nouveau directeur de la maison, Frédéric Bonnaud, « là depuis quatre heures », n’a pas « souhaité réagir pour le moment et va s’emparer du dossier plus tard ». Car c’est au nouveau patron qu’elle s’adresse à la fin de sa lettre : « J’espère […] que vous ne vous contenterez pas de serrer la main de stars, mais que vous direz aussi bonjour à "votre vitrine" d’être humains ».

 

Lire l'article de Libération

 

 

 

    Serge Toubiana et les frêres Dardenne lors d'une retrospective sur l'exploitation du prolétariat

A la cinémathèque, le social c'est vraiment du cinéma

                                   - Alors chers amis, pas trop dur d'être venu ici observer la misère sociale ?

                                             - Bah tant qu'il y a un peu de champagne et des petits fours

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Published by Social Nec Mergitur - dans Revue de presse Actualité sociale
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