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8 novembre 2016 2 08 /11 /novembre /2016 17:26

 

Le nouvel Obs : le 28 octobre 2016

 

« Un fonctionnaire de la mairie m’a parlé de ‘la chose sexuelle’ », révèle Thierry Magnier, l'éditeur d’un des ouvrages licencieux

 

« Des vignettes qui peuvent choquer de jeunes enfants ou leurs parents ». C’est ce qui a motivé, le 7 octobre dernier, le rappel de deux ouvrages par la Direction des affaires scolaires (Dasco) de la ville de Paris, alors que les 662 écoles - maternelles et élémentaires - en avaient déjà reçu un exemplaire à la rentrée. Quelques jours plus tard, une coordinatrice territoriale de la mairie a même demandé dans un autre mail à les « garder sous clef ».

 

Les deux livres en question : Beta civilisation, de Jens Harder et Le Dictionnaire fou du corps de Katy Couprie. Les vignettes évoquées ? Personne, que ce soit à la Dasco ou à la mairie de Paris, ne les a désignées. « Je ne sais toujours pas de quelles vignettes il s’agit », s’étonne Thierry Magnier, éditeur du dictionnaire, qui s'est exprimé dans une tribune sur Le Plus de l'Obs. « Un fonctionnaire de la mairie m’a parlé de ‘la chose sexuelle’ », ajoute-t-il, à la fois amusé et effrayé : « Le fait qu’ils n’osent même pas prononcer les mots ‘pénis’ ou ‘vagin’ est tout de même assez révélateur… ». « La mairie de Paris a enfin décidé de protéger nos enfants ! », ironise même François Morel, qui s’est fait une joie de s’emparer de la polémique dans son billet du 28 octobre sur France Inter. Mais protéger de quoi, exactement ? Dans l’ouvrage de Katy Couprie, on trouve, pêle-mêle, les définitions illustrées de « moustache », « aisselle », « bronzage », « touffe », « pustule », « coït », « seins », « pénis »… Bref, tous les termes qui se rapportent au corps. Mais certains (au hasard, les derniers) semblent être moins bien passés.

 

À cet égard, Le Dictionnaire fou du corps a d’ailleurs déjà reçu plusieurs prix, dont un au salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil en 2012. « Quant à Beta civilisations, la seule vignette qui pourrait être ciblée consiste en une illustration du Kamasutra », estime S. (il a préféré rester anonyme), animateur-lecture dans le VIe arrondissement de Paris. Ce dernier a, avec 81 autres animateurs, adressé plusieurs lettres à la Dasco le 10 octobre pour réclamer « une explication concrète sur cette censure ». Il refuse de rendre les fameux livres. Tout comme plusieurs de ses collègues, dont Thierry Bonus, secrétaire général de la CGT animateurs. Cela d’autant plus que ces ouvrages ont été testés au préalable dans les écoles, et ont fait l’objet d’une validation lors d’un comité, dans lequel la Dasco était représentée, en juin dernier.

 

S., qui est en charge de la bibliothèque et du centre de documentation d’une école élémentaire, a participé à ces tests. L’année dernière, il a reçu plusieurs mallettes contenant 15 à 30 livres chacune. Parmi elles, une abordant la thématique du corps, qui comprenait l’ouvrage de Katy Couprie. Celui-ci a ainsi fait l’objet d’ateliers durant deux semaines et était à la libre disposition des enfants… qui l’ont visiblement adoré. « Ils l’ont énormément utilisé. C’est un livre extrêmement riche, qui interroge les enfants et permet de créer des débats très intéressants », raconte S.. Pour preuve, ce genre de remarque de la part d’un élève, face à la gêne de certains de ses camarades : « Les fesses ça fait partie du dos, et si on ne parle pas du dos on ne parle pas du corps, donc il faut parler des fesses ». Ou encore, cette anecdote : « Les garçons étaient dérangés par les dessins de pénis, mais ceux de seins ne leur posaient aucun problème. Et pour les filles, c’était l’inverse ».

 

Du côté des animateurs, cette décision est d’autant plus difficile à digérer qu’elle est incompréhensible. « C’est tout notre travail qui est mis à mal », regrette un membre du comité de validation : « Avant la sélection des ouvrages, nous avons montré en toute transparence, lors du comité final, les quelques vignettes un peu osées. Leur achat a tout de même été validé ». Pourquoi un tel revirement de situation ? Pour l’éditeur Thierry Magnier, « il est évident qu’il s’agit d’une atteinte à la liberté d’expression ». Il ironise, non sans inquiétude : « Quelle sera la prochaine étape ? Surtout n’emmenez plus les enfants au Louvre, il n’y a que des corps dénudés. Et interdisez-leur de consulter Le Larousse ou Le Robert, ils sont plein de mots épouvantables ! ». N’aurait-il pas simplement fallu laisser ces livres là où ils étaient, laissant le choix à chaque animateur de les mettre en avant, ou non ? « Cela aurait été plus simple », concède Alexandra Cordebard, adjointe à la maire de Paris en charge des affaires scolaires.

 

Lire l’article du Nouvel Obs

 

 

          A la Mairie de Paris on sait y faire pour protéger sa jeunesse des livres licencieux

Quand la mairie de Paris censure deux livres pour « protéger » sa jeunesse

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Published by Social Nec Mergitur - dans Culture nec mergitur
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