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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 08:00

 

« Je fais ce métier depuis onze ans et aujourd'hui, j’aimerais pouvoir l'exercer correctement » déplore ce bibliothécaire parisien

 

J’ai 54 ans et je travaille dans le réseau des bibliothèques de la ville de Paris depuis 2005. Je suis entré en tant que contrat aidé, c’est-à-dire par la toute petite porte. J’ai eu ce statut pendant deux ans, puis j’ai été intégré en tant que titulaire après avoir réussi un recrutement sans concours, avec lettre de motivation puis passage devant un jury de professionnels.

 

Auparavant, j’avais travaillé pendant dix ans comme disquaire dans une enseigne bien connue de la grande distribution, puis en tant que correcteur et secrétaire de rédaction dans l’édition et dans la presse spécialisées dans la musique pendant également dix ans. Les raisons pour lesquelles j’ai orienté ma carrière professionnelle dans cette direction sont donc évidentes : j’ai toujours travaillé dans la branche « culture ». Ce que j’ai pu observer dans la pratique de ce métier – que j’aime, je tiens à le préciser – depuis que je l’exerce au sein de la ville de Paris, c’est qu’on nous demande de plus en plus de disponibilité et de capacité d’adaptation (travail le dimanche, amplitude horaire, formation à de nouveaux outils informatiques, à de nouvelles technologies, comme pour les bibliothèques numériques, entre autres, etc.) sans que les moyens et les salaires suivent.

 

À Paris de grands complexes s’ouvrent – notamment les nouvelles « grandes bibliothèques » comme Marguerite Yourcenar (XVe), Marguerite Duras (XXe), La Canopée (Ier), Françoise Sagan (Xe), ouvertes le dimanche et munies d’un parc informatique très conséquent mis à la disposition des usagers –, mais les moyens mis à la disposition des personnels travaillant dans ces « usines » culturelles ne suivent pas. Les primes ne sont pas réellement motivantes, quand elles ne sont pas inexistantes, les postes qui doivent être créés pour travailler dans de bonnes conditions ne le sont pas. Je parle de « parc informatique » c’est qu’il y a de plus en plus une réelle demande du public (et pas que celui ne possédant pas d'ordinateur à la maison) pour l’accès, voire la formation à l’internet et l’outil informatique. Mais cela représente des tâches en plus pour nous, en ne parlant que de cet aspect du métier. Car il y en a d'autres : comme la gestion des problèmes humains, pas des moindres.

 

En effet, nous sommes les seuls endroits ouverts à tous les publics, et ce, gratuitement. Ces publics sont très en demande et pas toujours faciles à contenter. D’autre part, le public a souvent contact avec les personnels dans un cadre d’accueil, ce que nous appelons le service public, mais notre métier est très « multitâches » en fait, et c’est qui ce qui fait beaucoup de son attrait. Mais du fait du changement et de l'évolution du métier le temps imparti pour faire ce travail interne – dans les bureaux, en dehors du service public donc – s'amenuise et on se retrouve à traiter plusieurs « tâches » en même temps. Ce qui implique du stress. En plus des autres problèmes à gérer. Les réels problèmes sont les restrictions budgétaires, et, de fait, la diminution des effectifs, et la dégradation des conditions de travail.

 

Malgré de nombreuses demandes d'augmentation des primes (depuis 20 ans la filière « culture » tient réellement le rôle de la laissée-pour-compte de la ville de Paris au niveau des primes) et des mesures pour améliorer nos conditions de travail, la Mairie de Paris continue de faire la sourde oreille. Mais elle veut imposer l'ouverture de sept nouvelles bibliothèques le dimanche sans donner de réels moyens aux établissements pour le faire dans des conditions « normales », c'est-à-dire avec des effectifs suffisants pour accueillir le public.

 

Par exemple, la bibliothèque Hélène Berr (XIIe) doit ouvrir avec une équipe en réalité restreinte, car le personnel ne pourra pas prendre de pause du tout le dimanche entre l'heure d'ouverture et celle de la fermeture : c'est totalement inacceptable. Des créations de postes pour l'ouverture des dimanches (au minimum) et une augmentation réelle et significative des primes pour que la Direction des affaires culturelles soit réajustée à toutes les autres directions de la ville de Paris. L'ouverture du dimanche est déjà en soi discutable, mais au moins le faire dans des conditions décentes...

 

Il faut que la Mairie de Paris entende ces personnels et engage un vrai processus de changement qui va avec l'évolution du métier. Mais la direction est apparemment fermée à tout dialogue. On a l'impression qu'il s'agit pour eux d'ouvrir de belles et grandes bibliothèques « vitrines » du grand et beau Paris sans mettre les moyens pour que les gens qui y travaillent fassent leur métier dans de bonnes conditions.

 

 

                                    Light's out dans les bibliothèques parisiennes

Je suis bibliothécaire et je refuse de travailler dans une « usine » culturelle

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Published by Social Nec Mergitur - dans Tribune libre
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commentaires

Caroline B 21/12/2016 16:35

Merci pour ce témoignage très intéressant. Point de vue d'une bibliothécaire universitaire, qui travaille en province et qui rencontre les mêmes problématiques. La question n'est pas tant celle du changement, le métier évolue, c'est normal, ni celle de l'ouverture du dimanche, nous sommes un service public, qui desservons la population. La question est plutôt la façon dont les directions administrations mettent en œuvre ce changement, sans tenir compte d'un acteur important, les personnels qualifiés, sans qui ce service n'existerait pas. Je réfute la mise en concurrence de la pénibilité et de la souffrance au travail. C'est quoi la norme en ce domaine ? N'écoutez pas ces esprits tristes et cyniques qui moquent vos engagements, vous avez raison de vous battre pour faire cesser cette dégradation de vos conditions de travail, ne lâchez rien !

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