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6 mars 2018 2 06 /03 /mars /2018 14:15

 

Pourtant notre académicien était assisté de Noël Corbin, en charge durant trois ans des bibliothèques municipales de la capitale !

 

« Voyage au pays des bibliothèques », c'est le titre du rapport remis officiellement à Emmanuel Macron par Erik Orsenna avec tambour et trompette. L’annonce de cette mission confiée à l’académicien et à Noël Corbin, un haut fonctionnaire de la culture, promettait au moins une chose de positive : on allait enfin parler des bibliothèques et leur proposer une exposition médiatique, voire un plan d’action. On ignore comment avaient été choisies les villes à visiter mais comme le hasard fait bien les choses, la plupart d’entre elles recevaient également… Erick Orsenna pour la promotion de son dernier bouquin, comme l’a révélé le site ActuaLitté ! Un voyage gagnant-gagnant en somme. Mais trois mois, 70 pages et 19 propositions plus tard les bibliothécaires de France soupirent et lèvent les yeux sur cet énième rapport qui sonne bien creux. Et surtout enfonce des portes ouvertes comme le souligne avec ironie le collectif Savoir Com1.

 

Car à lire ce rapport on a surtout l’impression  que nos deux voyageurs ont bel et bien joué les touristes dans les lieux qu’ils ont visité. Ils en ont saisi des impressions, des clichés, rencontrés des archétypes et découvert un univers que, visiblement, ils ne connaissaient pas du tout. Et le problème de ce voyage, c’est qu’il reste un voyage de touristes, désincarné, très loin du quotidien des usagers, et des professionnels. Ainsi le centre de ce rapport est surtout la question des heures d’ouverture : il faut changer de rythme martèle le rapport. Il reprend en le citant la pétition de Bibliothèques Sans Frontières « ouvrir plus » puis s’empresse d’ajouter : « il faut donc ouvrir mieux » qui était justement le titre de la contre pétition lancée par des bibliothécaires à la suite de celle de BSF. Après un nouvel étalage de chiffres, le rapport se concentre un peu plus sur le cœur des préoccupations : « L’extension des horaires en semaine va alors de pair avec une ouverture dominicale ». Ah bon ? Mais d’où lui vient cette évidence ? Aucun argument n’étaye cette affirmation idéologique, aucun objectif culturel n’y est associé. Pourtant, la question devrait être celle-là : Pour quoi ouvrir les bibliothèques le dimanche ?

 

La vraie question trouve sa réponse un peu plus loin, et c’est plutôt : pour qui ouvrir les bibliothèques ? Les étudiants. Et plus franchement : les étudiants parisiens. Là-dessus, tout le monde s’accordera à dire que les bibliothèques universitaires sont dans une situation qui est très loin d’être à la hauteur de l’attractivité de l’enseignement. Mais du coup d’autres questions sont éludées par le rapport : pourquoi continuer à accueillir autant d’étudiants à Paris alors que les conditions d’études y sont désastreuses ? Pourquoi les étudiants ont-ils besoin d’une bibliothèque (enfin, d’une table et du wifi) le dimanche ? Peut-être parce que chez eux ils n’ont ni table ni wifi. Le problème des bibliothèques à Paris, c’est aussi un problème de mal logement.

 

Ce qui est sûr en revanche c’est ce que nos touristes n’ont pas vu, car on note que le rapport omet complètement de parler des mouvements sociaux qui ont touché les bibliothèques ces dernières années comme à Brest, Sevran, Levallois-Perret, Lyon, Nantes, Clamart, Auch, Caen, Marseille, Rouen, Chelles, Saint-Quentin-En-Yvelines, Saint-Malo, Montigny-le-Bretonneux, Metz, Saint-Herblain, Laval, liste non exhaustive, sans même parler de Grenoble où trois bibliothèques de quartier, dont une destinée à la jeunesse, ont été fermées ! Alors, vraiment « voyage au pays des bibliothèques » ?

 

Le plus tragique dans cette histoire, est que notre académicien était, on l’a vu, assisté de Noël Corbin. Or ce denier a aussi été directeur des affaires Culturelles de la Ville de Paris entre 2014 et 2017 et donc en charge des bibliothèques municipales de la capitale ! Lesquelles ne sont vraiment pas au mieux de leur forme puisque le réseau a vu diminuer ses effectifs au point de… devoir restreindre les horaires d’ouverture de plusieurs établissements ! Inimaginable à Paris, il y a encore dix ans. Et rien ne s’est amélioré depuis son passage, bien au contraire. Alors désolé de gâcher vos souvenirs de voyages messieurs les rapporteurs mais les bibliothèques ne sont pas un paysage sans nuage social et la volonté de Jupiter de poursuivre l’austérité ne peut que renforcer la noirceur du climat.

 

 

 

Voyage au pays des bibliothèques  : Erik Orsenna en pleine action avant ses séances de dédicaces

Rapport Orsenna : deux touristes en « voyage au pays des bibliothèques » !

               - Pffff, mon appareil photo ne doit pas bien marcher, car l’image est vraiment flou !

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