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19 novembre 2014 3 19 /11 /novembre /2014 14:17

 

Le Monde : Le 18 novembre 2014


En cause, selon la mairie de Paris : un manque de « mixité sociale » et une formation « trop académique ».


Au lendemain de l’inauguration du nouveau conservatoire du XIIe arrondissement et à quelques mois de l’ouverture de celui du forum des Halles dans le Ier, Bruno Julliard, premier adjoint à la maire de Paris chargé de la culture, ne cache pas sa volonté de réformer ces établissements qui représentent un budget de fonctionnement de 36 millions d’euros par an (salaires inclus). « Il n’est pas possible que la Ville de Paris investisse autant d’argent dans ses conservatoires et qu’ils ne bénéficient qu’aux familles aisées », résume-t-il.


Pris d’assaut chaque année par des parents persuadés que la musique favorisera la réussite scolaire de leurs enfants, les dix sept conservatoires de la Ville de Paris – qui accueillent plus de 18 000 jeunes – sont majoritairement fréquentés par des élèves issus des catégories sociales favorisées. Les tarifs d’inscription variant en fonction de la situation financière des familles (de 73 à 510 euros par an pour un cursus complet en musique ou en danse), les chiffres montrent une surreprésentation des quotients familiaux 7 et 8, qui correspondent aux revenus le plus élevés.

 

« Cette composition n’est pas à l’image de la société parisienne, considère Bruno Julliard. Il n’est pas suffisant que ces établissements soient pleins. Ils doivent aussi participer à la volonté municipale de démocratiser l’accès à la culture et de lutter contre les inégalités. » A cette homogénéité sociologique, s’ajouterait, aux yeux du premier adjoint, « une défaillance du service public d’éducation musicale » lié à un recrutement « très sélectif et très jeune » et au caractère normé de l’enseignement.


Comment toucher d’autres publics et faire évoluer l’apprentissage de la musique ? Pour tenter de répondre à ces deux questions et ouvrir une réflexion sur l’évolution des pratiques, la direction des affaires culturelles de la Ville de Paris vient de mettre en place un collectif de directeurs. Parmi eux, Jean-François Piette, directeur du conservatoire du Xe arrondissement : « Il suffit, dit-il, d’ouvrir les yeux et de regarder la société pour se dire que c’est le moment d’inventer. » Lui a déjà commencé. « Jusqu’à présent, dans mon établissement, près de 60 % des parents voulaient inscrire leurs enfants aux cours de piano. Pour certains, cette demande est liée à une frustration de jeunesse, pour d’autres à la présence d’un piano dans le salon, le choix de l’enfant lui, vient après », constate-t-il.


 

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                        -  « c’est le moment d’inventer » selon un directeur de conservatoire



A cette rentrée, le directeur a mis en place un nouveau dispositif intitulé « orchestre et mouvement dansé ». Les jeunes entrants âgés de 7 ans découvrent, en changeant chaque trimestre, trois instruments de trois familles différentes : les cordes, les cuivres, les bois. A cela s’ajoute un travail corporel autour de la danse classique et contemporaine. « Quand j’ai proposé cette formule, il y a eu beaucoup de réticences chez les enseignants ; finalement cette proposition n’a en rien diminué les demandes d’inscription ; » Mathieu Ferey, inspecteur de la musique pour la Ville de Paris, applaudit l’initiative : « La question cruciale est celle de la motivation des élèves. Si on leur offre un vrai choix, cela limitera le taux d’abandon. »


Car, dans le Xe comme ailleurs, l’essentiel des effectifs se concentre sur le premier cycle (élèves de 6 à 10 ans) et s’évapore fortement en deuxième et troisième cycles, lors des années collège et lycée. Pour tenter de « garder » les adolescents, le conservatoire du Xe a imaginé à leur attention un « parcours personnalisé ». « Parce que c’est l’âge où l’on a envie de créer et d’être regardé, nous leur proposons une année moins exigeante en termes d’apprentissage, composée notamment d’un cours en petit groupe afin qu’ils pratiquent la musique d’une autre façon, avec ce qu’ils savent déjà faire », explique M. Piette. Là encore, l’inspecteur approuve : « Il faut réfléchir à plusieurs parcours et mettre les pratiques collectives au centre, on ne peut plus continuer à offrir aux ados une seule possibilité. »


Pour mener à bien sa réforme, la Ville de Paris envisage deux scénarios : soit retarder « un peu » l’âge d’inscription dans les conservatoires, « afin que les enfants décident suivant leur appétence » ; soit maintenir les critères d’entrée mais en « multipliant les passerelles pour que les 8-10 ans, qui auront découvert, au sein de l’école, leur intérêt pour la musique – mais dont les parents n’ont pas le réflexe de se tourner vers les conservatoires – puissent rejoindre ces établissements », détaille Bruno Julliard.


 

                                                   Conservatoires : Bruno Julliard expose son programme

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                                               - Il faut multiplier les passerelles



Ces pistes de travail s’appuient sur le développement de l’initiation musicale dans le cadre de l’aménagement des rythmes éducatifs. Cette année, environ 7 500 enfants bénéficient d’ateliers pris en charge par des professeurs de conservatoire et des enseignants de musique de la Ville de Paris. « Cet éveil musical au sein des écoles primaires doit contribuer à rompre le déterminisme socioculturel qui mène au conservatoire et élargir le vivier de recrutement », explique-t-on au sein du cabinet d’Anne Hidalgo. Le premier adjoint souhaiterait aussi « travailler avec des associations de musique qui ont des pédagogies innovantes et, pourquoi pas, en labelliser certaines ». Pour Jean-François Piette, la question de la mixité sociale est « un leurre. C’est une erreur de vouloir tout faire dans les conservatoires ; il faut mettre en place des réseaux et des partenariats avec d’autres structures ».


Tentant d’anticiper les critiques sur le risque de « baisse de niveau », Bruno Julliard et Noël Corbin, directeur des affaires culturelles de la Ville de Paris, font valoir que « le maintien de l’exigence n’est pas contradictoire avec la notion de plaisir » et rappellent que seuls 1 % des élèves de conservatoire municipaux deviennent des professionnels. « Nous ne sommes qu’au début de la réflexion, il y aura beaucoup de concertation, car c’est un dossier sensible, reconnaît Bruno Julliard, avant d’ajouter : une partie des conservatoires porte bien leur nom… »

 

Enfin, le processus d’inscription (premier arrivé, premier inscrit) pourrait être revu. Pour gérer des demandes parentales près de trois fois supérieures au nombre de places, la municipalité parisienne étudie de « nouvelles pistes ». Ni les longues files d’attente devant les conservatoires ni la ruée sur la plate-forme téléphonique n’ayant donné satisfaction, la municipalité dit « ne rien s’interdire » et réfléchit notamment à un système de tirage au sort. « Une discussion est en cours avec les directeurs et les maires d’arrondissement, précise Noël Corbin. D’ici fin décembre, nous définirons la procédure retenue, qui reposera toujours sur le principe de l’équité ».


Lire l'article du « Monde »

 

 

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                      -   J'ai bon mot pour toi Bruno: Les conservatoires portent bien leur nom

                                         -  Ah, ben celle là, je vais la réutiliser...

 

 

 

 

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Bruno Julliard multiplie les fausses notes pour les personnels des conservatoires parisiens.

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Published by Social Nec Mergitur - dans Revue de presse
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commentaires

Raoul 21/11/2014 19:42

Les Conservatoires parisiens découvrent ce qu'un bon nombre des établissements d'enseignement artistique de France à mis en oeuvre depuis les années 90. Quelle imagination...

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