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20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 08:08

 

Il est vrai qu'au sujet des conservatoire municipaux parisiens, Bruno Julliard dit vraiment n'importe quoi. C'est même un rapport officiel qui le confirme.

 

Un récent article du Monde sur la réforme des conservatoires parisiens a mis en émoi de nombreux enseignants et musiciens et personnels du secteur. Nous publions la réponse d’un professionnel, de la question aux propos tenus par Bruno Julliard, l’adjoint au maire de Paris en charge (entre autre) de la culture. Il est vrai que sur ce sujet, Bruno Julliard a dit n'importe quoi. Et ce n'est pas nous qui le disont mais rien moins.... qu'un rapport de l'inspection générale de la Ville de Paris. Cette tribune, signée par Gérard Ganvert*, et publiée à l'origine par La lettre du musicien, va nous expliquer pourquoi (par contre les illustrations et les légendes sont uniquement de nous). Alors pour en savoir plus sur les conservatoires de la capitale, ouvrons grandes nos oreilles.


 

             FIAC-2012--Bruno-Juliard20121021 Photo-Christophe-Noel-FMAC

                             - Je crois que je vais avoir bientôt les miennes qui vont siffler...



 

Dans un article intitulé « Conservateurs les conservatoires ? La Ville de Paris veut réformer » (Le Monde du 17 novembre), le premier adjoint et adjoint à la culture de Paris réitère ses anciennes velléités de réforme des dix-huit conservatoires de la Ville de Paris, qui sont des écoles spécialisées comme les quatre mille autres conservatoires français – conservatoires de musique, de danse et d’art dramatique.


En 2013 déjà, derrière la diligente mise en œuvre de la réforme des rythmes éducatifs par la capitale, l’adjoint à la culture avait tenté un premier essai rampant de mutation forcée de ces (ses) écoles d’enseignement artistique (1). Résultat : pour la première fois de leur longue histoire (2), l’ensemble des conservatoires parisiens avaient déclenché deux journées – exceptionnelles – de grève, les 20 mars et 12 juin 2013 (lire ici).
   Dans ce même article, on peut lire qu’une certaine confusion, devenue traditionnelle(3), persiste chez les politiques entre ces établissements – encore une fois « spécialisés » (des écoles) – et des centres d’animation (4).


De fait, on peut se demander quelles compétences ces politiques possèdent en matière de pédagogie musicale, de pédagogie chorégraphique ou de pédagogie de l’art dramatique. D’autant que la Ville vient de recruter – souvent sur simples dossiers adressés aux directeurs – des animateurs (et/ou des élèves !) non ou insuffisamment diplômés, alors qu’elle demande des surqualifications à ses professeurs de conservatoires (exigence de diplômes spécialisés), recrutés par concours.


 

                                                 Bruno Jullliard a les conservatoires en travers de la gorge

 

                  14.02-Bruno-Julliard-930620

                                                           -  Et même jusque là ! 



Ainsi, depuis la fin des années 1970, époque de la municipalisation progressive de la culture en France, l’argumentation avancée se trouve, hélas, toujours la même : d’abord, les conservatoires coûtent toujours beaucoup trop cher (par rapport à quoi, s’agissant d’un investissement culturel et social ?) ; ensuite, ils touchent toujours beaucoup trop peu de monde (par rapport au supposé nombre d’électeurs-clients des élus qui pensent surtout à leur réélection).               

 

Quatre assertions sont relayées dans l’article du Monde : Première assertion. Forts de 20 000 jeunes – et moins jeunes – Parisiens, ces établissements seraient « majoritairement fréquentés par des élèves issus de catégories sociales favorisées » (surreprésentation des quotients familiaux [QF] 7 et 8). C’est tout simplement faux ! Il suffit de lire les pages 15 et 16 du Rapport définitif – Synthèse de l’audit des conservatoires municipaux d’arrondissement, n° 08-24, août 2010, 92 p., réalisé par l’inspection générale de la Mairie de Paris : « Depuis l’instauration des quotients familiaux en 2006, on constate une augmentation des familles aux revenus les plus bas (le QF 1 passe de 4,7 % en 2005-2006 à 5,6 % en 2008-2009) » ; « l’absence de plafond pour le QF 8 […] regroupe ainsi des familles ayant des revenus fortement dispersés » 

 

Deuxième assertion. A cette pseudo-homogénéité sociologique, s’ajouterait « une défaillance du service public d’éducation musicale » liée à un recrutement « très sélectif et très jeune » et « au caractère normé de l’enseignement ». De tels propos, insultants pour tous les personnels enseignants et administratifs, sont quelque peu démagogiques et également faux ! Le rapport cité ci-dessus précise en effet que « les objectifs de la municipalisation ont été atteints » (p. 22), notamment « l’égalité d’accès pour tous et la mixité sociale » : ce dernier objectif « s’est concrétisé dans l’harmonisation des tarifs d’un conservatoire à l’autre avec le vote dès 2006 par le Conseil de Paris d’une grille tarifaire […] d’un montant très attractif par rapport aux tarifs pratiqués par les structures d’enseignement artistique semblables. » (pour voir le rapport de l'inspection, cliquez là)



                                                    La Mairie de Paris en route vers la mixité sociale

 

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                              - Bon mon Bruno, tu commences par les conservatoires...

                                               - Je vais d'abord leur tailler un costard


 

Troisième assertion. Pour réformer, l’adjoint à la culture de Paris voudrait :
• soit retarder « un peu » l’âge d’inscription dans les conservatoires. Cette solution est inefficace (elle a déjà été testée sans succès par d’autres collectivités) et dangereuse, car nihiliste sur le plan psychopédagogique : tout pédagogue, particulièrement dans le domaine artistique, sait que l’apprentissage précoce est fondamental dans la formation de l’enfant ;
• soit multiplier « les passerelles » entre l’école élémentaire et les conservatoires, à partir de l’initiation musicale réalisée dans le cadre de l’aménagement des rythmes scolaires. C’est là une solution confuse et totalement irréaliste sans davantage de moyens, puisque, aujourd’hui, il manque déjà des places pour accueillir tous les candidats à l’entrée directe en conservatoire.

 

Quatrième assertion. L’adjoint à la culture et son directeur des affaires culturelles découvrent :
• que « le maintien de l’exigence n’est pas contradictoire avec la notion de plaisir » !
• que seul 1 % des élèves des conservatoires municipaux deviennent des professionnels. Là aussi, l’argument est fallacieux et contradictoire avec les propos antérieurs ! Il n’existe aucune source connue de ce pourcentage. Mais, si oui, cela voudrait dire que 200 élèves parisiens deviendraient, chaque année, des artistes professionnels et pourraient donc entrer sur le marché du travail musical, chorégraphique ou théâtral : mais c’est un très beau résultat !

• qu’« une partie des conservatoires porte bien leur nom (sic) ». Il faudrait que les élus sachent combien les professeurs de musique, de danse, d’art dramatique sont fiers d’appartenir à un « conservatoire », lieu de tradition et de transmission du savoir-faire (l’art et la technique) ! Comme l’artisan transmet à son compagnon, et cela, même si les techniques évoluent ! Sans ces « maîtres » de la transmission, la création s’étiolera, car elle n’aura plus ni source ni repères : alors, les « amateurs » – au premier sens du terme – seront eux-mêmes incompétents, car non éduqués et sans jugement possible.



                                                         Conservatoires : Bruno Julliard s'est pris un vent

 

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                                                           - Je crois même que c'est un instrument à vent

 

                     
Cet article s’est donc gratuitement fait l’écho de propositions funestes, à terme, pour les dix-huit établissements parisiens et leurs personnels artistes. Les propos qu’il relate, non « sourcés » ni sur le plan politique ni sur le plan journalistique, attestent, de la part d’un responsable politique chargé de faire rayonner la culture d’une grande capitale comme Paris, d’un manque de respect et de considération, d’une méconnaissance du travail et des conditions de travail de toutes celles et tous ceux qui s’investissent et œuvrent depuis bien longtemps pour satisfaire un public en demande d’un enseignement artistique spécialisé de qualité.                    
                   


* Gérard Ganvert, musicien, musicologue et essayiste, est professeur de conservatoire à Paris (depuis 1976) et représentant élu des professeurs du conservatoire Gustave-Charpentier du 18e arrondissement. Il a notamment publié L’Enseignement de la musique en France, Situation – Problèmes – Réflexions (L’Harmattan, 1999).

 


1 Voir « Paris reporte la réforme de ses conservatoires » in LM 431.
2 Les premiers cours municipaux de musique parisiens voient le jour en 1900 (dans le 18e arrondissement).
3 Lire ou relire l’article de l’auteur (in l’édition électronique de L’Education musicale, juillet 2014) : “La confusion de certains décideurs politiques à l’égard des écoles et conservatoires de musique, de danse et d’art dramatique”
4 Relire l’essai incontournable La Crise de la culture de Hannah Arendt, Gallimard, coll. Folio, 1972.

 

 

 

                                           Conservatoires : Le disque préféré de l'adjoint à la culture

 

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Published by Social Nec Mergitur - dans Tribune libre
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