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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 09:18

 

Libération: le 23 juillet 2013  

Le syndicat Force Ouvrière, tout puissant dans la Ville de Marseille depuis 60 ans,  est très courtisé par les candidats à la primaire socialiste.

C’est une situation curieuse. A Marseille, un syndicat, Force Ouvrière, se retrouve sans le vouloir au cœur de la primaire socialiste pour la municipale, plusieurs candidats de la gauche phocéenne pointant son rôle dans la « cogestion » de la ville, facteur selon eux de « l'immobilisme » d’une administration pléthorique et trop peu mobilisée. Ils promettent une « nouvelle gouvernance ». Mais, dans le même temps, certains d’entre eux courtisent discrètement FO, réputé pour son poids électoral depuis une soixantaine d’années.    

En 1953, voulant contrer l’influence du PCF et de la CGT, le nouveau maire, Gaston Defferre, s’était appuyé sur la CGT-Force ouvrière, scission antistalinienne du syndicat communiste. Il l’avait aidée à s’installer en lui permettant d’attribuer les embauches, les promotions et mutations. Ainsi, pour entrer à la ville puis progresser dans la hiérarchie, il fallait prendre sa carte à FO. Cela a permis au syndicat de devenir très vite majoritaire. 

 

                            Gaston Defferre, Maire de Marseille en 1945, puis de 1953 à 1986 

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                                                           " A Marseille, FO est le syndicat qu'il nous faut ! "

 

Jean-Claude Gaudin, le maire UMP, a repris la même méthode depuis 1995. A la différence près, suggèrent ses détracteurs, que Defferre était le patron et soignait un syndicat qu’il dirigeait, tandis qu’avec Gaudin le rapport de force s’est inversé : FO donne parfois le sentiment de décider. Le syndicat reste puissant (61% à la ville, 55% à la communauté urbaine aux dernières élections professionnelles), et le maire ne reçoit jamais ses concurrents dans son bureau. « Mais ce n’est pas à notre demande, précise Patrick Rué, secrétaire général FO territorial. Nous voulons la représentativité, pas l’exclusivité. Cela arrange le maire de faire croire que c’est pour FO qu’il refuse de rencontrer les autres. Il ne veut pas les voir parce qu’il sait qu’ils ne voteront jamais pour lui.»

 

                                                          Jean-Claude Gaudin, époque Gaston Defferre

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                                                    " Avec FO, je me suis fait avoir comme un débutant ! "

 

Bon patron. Gâté par la mairie, FO n’est pas ingrat. Lorsque le maire vient rendre une visite de courtoisie lors des congrès FO à la Bourse du travail de Marseille (où les autres syndicats sont interdits de séjour), il est applaudi debout par la salle. C’est un bon patron, bienveillant. Personne ne sait combien de dizaines de permanents FO sont payés par la municipalité. Le mur de Berlin est tombé depuis un petit quart de siècle, mais FO reste conforté face aux autres syndicats. Il sait toujours à l’avance les mutations et promotions, ce qui lui permet de faire lui-même les annonces.  

En échange, FO a longtemps évité les conflits sociaux (c’est moins vrai ces dernières années) et prêté main-forte lors des scrutins, faisant passer de discrets messages à ses troupes (6 500 adhérents). « Cette situation est sans équivalent en France, soupire Pierre Godard, porte-parole de la FSU territoriaux (un peu plus de 20% à la ville, un petit tiers à la communauté urbaine). Nous n’avons pas rencontré Jean-Claude Gaudin depuis treize ans, pas vu le directeur des ressources humaines [cadre Force ouvrière, ndlr] depuis plus de dix ans. Si au moins le service public s’en portait bien. Mais c’est une catastrophe.»  

La hiérarchie très majoritairement FO (à la communauté urbaine, les réunions syndicales se font même parfois dans le bureau du directeur général des services) « provoque une endogamie, le syndicat faisant barrage quand on essaie d’imposer un cadre de l’extérieur », selon un militant socialiste qui connaît le système de l’intérieur. La hiérarchie se trouve parfois en porte-à-faux, le contrôle du travail n’est possible que lorsque les consignes sont agréées par FO.

 

                                                 Marseille: Ils se rendent à une réunion Force Ouvrière

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                                            " Dis, c'est bien toujours dans le bureau du Directeur Général ? "

 

Dîners discrets. « Les choses évoluent, nuance cependant Eugène Caselli, président socialiste de la communauté urbaine et l’un des six candidats à la primaire socialiste pour les municipales à Marseille. Force ouvrière ne pourrait plus aujourd’hui faire virer un directeur, comme cela est arrivé. J’ai rencontré personnellement ses leaders et je leur ai dit que le syndicat devait montrer qu’il est un partenaire social capable de passer des accords gagnant-gagnant.»  

Les adversaires de Caselli soupçonnent FO de rouler pour lui. A son premier meeting de campagne, un tiers environ du public était du syndicat. « Cela ne veut pas dire qu’ils vont voter Caselli, prévient Patrick Rué. Ils sont simplement venus écouter leur patron. Il a un capital sympathie parce qu’il écoute les gens, il est souvent le dernier à fermer la porte quand il y a une réunion. Mais FO ne soutiendra personne, nous avons changé nous-même de gouvernance.»  

De fait, après 2008, le syndicat majoritaire a traversé une tempête qui l’a obligé à évoluer. La gauche venait de gagner la communauté urbaine de Marseille et, alors qu’elle avait promis de remettre en cause la cogestion avec FO, elle a jugé plus simple de faire alliance avec le syndicat majoritaire.

Des dîners discrets ont eu lieu dans la très belle villa du conseil général. Autour de la table, Jean-Noël Guérini, président PS du conseil général, Eugène Caselli, nouveau président de la communauté urbaine, le secrétaire général de Force ouvrière et son adjoint, mais aussi Alexandre Guérini, frère de Jean-Noël et professionnel des déchets, ainsi qu’un avocat proche du syndicat et d’Alexandre Guérini. Tout ce petit monde discutait politiques de propreté et incinération, rapporte un des participants. Eugène Caselli ne se souvient pour sa part que d’un seul dîner, « pour faire connaissance ».

 

                                     Jean-Noël Guerini a entamé des négociations avec Force Ouvrière

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                                                                 " J'ai même amené des huitres ! "

 

Dans les mois qui ont suivi, les affaires Guérini ont éclaté, on a appris que FO jouait un rôle de courroie de transmission entre la communauté urbaine et les amis entrepreneurs d’Alexandre Guérini. Son patron, Elie-Claude Argy, qui se targuait alors d’être l’homme le plus puissant de Marseille (il avait provoqué une longue grève des poubelles pour montrer cette force), a été débarqué (Libération du 20 septembre 2011).  

« Depuis, nous avons évolué, promet Patrick Rué, le successeur d’Argy. Les élus ne l’ont pas tous remarqué et certains nous attaquent pour se démarquer pendant que d’autres quémandent notre soutien, mais nous ne prendrons pas position.» Rué a récemment déjeuné avec la ministre Marie-Arlette Carlotti (cofondatrice de la CFDT à Marseille), aussi candidate à la primaire PS. Elle lui a « rappelé les règles du jeu », rapporte l’entourage de l’élue, tout en le rassurant. « Je n’ai pas l’habitude de jeter l’anathème sur qui que ce soit, parce que je ne suis pas dans l’excès, confirme la ministre. Mais moi maire de Marseille, il n’y aura plus de cogestion.»

Une façon de s’inscrire dans la rupture tout en prenant ses distances avec un autre candidat, Patrick Mennucci, plus offensif : « Le seul moyen de sortir rapidement cette ville de l’immobilisme est de remettre en cause la cogestion exclusive installée par Jean-Claude Gaudin avec Force ouvrière », dit le député.

 

                                                 Patrick Mennucci partagera-t-il sa table avec Force Ouvrière ?

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                                                                     " Moi, je ne mange pas de ce pain là ! "

 

Continuité. Les deux élus, en réalité sur une ligne de rupture très proche, prônent une conférence sociale ouverte à tous les syndicats après l’élection, pour redéfinir le service public à Marseille. Eugène Caselli s’inscrit pour sa part plus dans la continuité, parce qu’il est déjà aux affaires. « Je dois tenir compte des rapports de force, dit-il. Avoir un syndicat puissant peut aussi être un avantage. Une fois les accords trouvés, les choses se font sans heurt.» Comme Gaudin, il n’ouvre pas son bureau aux autres syndicats : « Je reçois FO une fois par an, c’est traditionnel, mais cela n’empêche pas mes services et mon cabinet de recevoir les autres.»

Les relations sont bonnes au point que le cabinet du président s’appuie parfois sur le syndicat pour recruter. Le 9 avril, le secrétaire général des territoriaux FO écrivait à son directeur de cabinet : « Lors de notre dernier entretien, vous nous avez demandé deux candidatures pour des emplois de mécanicien et de conducteurs. Nous vous faisons parvenir ci-dessous les deux CV que nous avons retenus ».  

Une faveur ? Caselli répond : « Tous les syndicats nous demandent d’embaucher des gens. Tous. De temps en temps, nous faisons plaisir aux uns et aux autres. La collectivité n’y perd pas tant qu’ils nous présentent des gens compétents.» Il propose cependant, comme Mennucci et Carlotti, une « commission paritaire présidée par l’opposition » pour les embauches qui ne dépendent pas d’un concours. « Ce serait la fin du clientélisme car cela protégerait les élus de la pression des électeurs », dit-il. « En fait, c’est à nous-mêmes qu’il faut désormais imposer des barrières », ajoute Mennucci.  

Les élus marseillais pourront-ils échapper à la tentation? Début de réponse après la primaire.  

Lire l’article de « Libération »

                                           

                                                         A Marseille, le syndicalisme c'est un vrai pastis !   

                     Aff Agence Yves Alexandre 1939 AD m

 

 

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Published by Social Nec Mergitur - dans Revue de presse
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