Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 juillet 2013 7 21 /07 /juillet /2013 16:16

 

Les Inrockuptibles : Le 31 octobre 2012

 

Tandis que les effets mortifères de l’idéologie managériale se perpétuent, la gauche politique et intellectuelle semble délaisser la question de la souffrance au travail.

 

Dépressions, burn-out, suicides… : les symptômes de la souffrance au travail, identifiés par les sociologues depuis vingt ans, se développent. Tandis que les effets mortifères de l’idéologie managériale se perpétuent, la gauche politique et intellectuelle semble délaisser la question.

 

Le travail tue, on le constate tous les jours (un suicide par jour à cause du mal-être au travail), on en mesure les causes et les mécanismes depuis une vingtaine d’années grâce aux travaux décisifs de sociologues comme Christophe Dejours, Danièle Linhart, Vincent de Gaulejac, Robert Castel, Alain Ehrenberg, Richard Sennett… Les salariés ne sont pas tous morts, mais tous sont frappés. Quelque chose de destructeur est à l’oeuvre dans toutes les branches professionnelles du privé ou du public (services, industrie, professions libérales…), toutes les catégories (cadres, employés, ouvriers, techniciens…).

 

Partout se manifestent les mêmes symptômes : stress, perte de sens, dépression, désenchantement, épuisement, incompréhension… Et pourtant tout continue, comme si de rien n’était. La souffrance au travail, noyée dans la masse des souffrances sociales qui l’englobent, ne forme pas le cadre d’une politique publique affirmée. Comme le remarque le sociologue Christophe Dejours dans La Panne, son nouveau livre d’entretien avec Béatrice Bouniol, « la pensée du travail est à ce point en friche qu’un président de la République a pu se faire élire en 2007 sur le slogan ‘travailler plus pour gagner plus’, à un moment où les pathologies de surcharge explosaient, de la dépression au burn-out. »

 

                 FLYlx_25KLs.jpg

 

Une souffrance dont l’Etat et les managers se moquent  Depuis la publication, en 1998, du livre marquant de Christophe Dejours, Souffrance en France, la question du mal-être au travail occupe cette place ambivalente dans le débat public, à mi-chemin de la marginalité politique et de la centralité de ses enjeux perçus par les sociologues, réalisateurs ou romanciers. Si de plus en plus d’indices témoignent de cette déshumanisation – suicides, dépressions, burn-out, troubles musculo-squelettiques et autres pathologies de la surcharge -, l’État et les managers s’en moquent largement, prétextant l’urgence de mener la guerre contre le chômage. Soyez heureux de souffrir au travail, au moins vous avez un emploi…

 

La misère du raisonnement dominant épouse la misère de ceux qui crèvent de l’injonction qui leur est faite de se sentir heureux. « Vivre en niant ce qui nous angoisse est notre lot », souligne Dejours, pour qui l’idéologie gestionnaire du « new public management » déshumanise le monde du travail en isolant les individus, en imposant le management par objectifs (faire plus avec moins) ou l’évaluation individuelle des performances, dont les résultats ne reflètent pas l’ensemble du travail. « Comment ne pas voir que le seul résultat ne dit rien même de la quantité de travail investie ? Comment le réduire à un résultat chiffré alors qu’il engage la personnalité tout entière ? »

 

Depuis quarante ans, l’approche clinique et psychodynamique du travail menée par Dejours tente de comprendre « le succès de ce système qui parvient à conserver l’assentiment de ceux qu’il maltraite chaque jour ». Le changement d’organisation ne peut précisément surgir que d’une réappropriation collective : ce n’est pas le harcèlement au travail qui est nouveau mais « le fait de devoir l’affronter seul ». « Le sentiment d’isolement au sein d’un environnement hostile, l’expérience de l’abandon, du silence, de la lâcheté des autres, voilà la marque de notre organisation du travail. » Or le sociologue persiste à penser que le travail est un « lieu unique d’émancipation et d’expérimentation de la vie en commun », qu’il « contient un potentiel éthique par la coopération qu’il implique entre les individus ».

 

                 968878 373399429432477 193320322 n

 

Affirmer la « centralité politique du travail »  L’idéologie managériale nie tout ce que les gens mettent d’eux-mêmes dans le travail ; l’engagement de leur subjectivité n’entre plus dans le circuit de la reconnaissance. Or les salariés que Dejours rencontre « ne nourrissent pas l’illusion d’être reconnus par un patron (…), ils revendiquent que leur contribution le soit, et qu’en outre, elle soit reconnue comme indispensable; la distinction est essentielle : le jugement d’utilité porte sur le travail et non sur la personne. (…) Mal poser la question de la reconnaissance, ce n’est pas répondre à la souffrance. » Dejours pose surtout comme préalable absolu à une prise de conscience salutaire la nécessité d’affirmer la « centralité politique du travail ». 

 

Pour avoir délaissé cet enjeu depuis des années, la gauche a de ce point de vue une responsabilité particulière. L’intellectuel et syndicaliste italien Bruno Trentin s’interrogeait dès 1997 sur le sens de cet abandon par la gauche politique et intellectuelle dans une magistrale réflexion, La Cité du travail, dont l’édition française est préfacée par Jacques Delors et le sociologue Alain Supiot. Alors que la gauche accompagne sur un mode compassionnel la dégradation des conditions de vie et de travail engendrées par la globalisation, Trentin rappelle qu’on ne saurait « penser la liberté dans la cité sans la penser d’abord dans le travail ».

 

                    YUMI MATUTOUYA 1981

 

La gauche doit revoir sa conception du travail  Le lieu par excellence de la conquête de soi, c’est le travail. La réflexion de Trentin s’ancre dans la « crise du compromis fordiste » : base de l’État social, il a consisté à échanger de la sécurité économique contre de la dépendance au travail, à « faire payer aux entreprises le prix d’une aliénation jugée inévitable dans son principe ». La gauche doit pourtant reconsidérer les bases de cette adhésion à une conception du travail dépassée, liée à la seconde révolution industrielle. Car la troisième a depuis opéré une nouvelle redistribution des pouvoirs, débouchant sur une « augmentation simultanée des responsabilités et de la précarité dans un contexte de restructuration permanente des entreprises ».

 

La fascination de la gauche pour la rationalisation technique du travail souligne qu’elle « n’a rien de crédible à dire face au tour pris par le nouveau capitalisme globalisé ». Un constat partagé par le sociologue Vincent de Gaulejac et le journaliste Antoine Mercier, qui analysent ce « phénomène social total » dans un revigorant Manifeste sur le mal-être au travail.

 

Identifiant clairement les symptômes et les raisons de ce mal-être (pression, culture de l’urgence, instrumentalisation, injonctions paradoxales, isolement, dégradation de l’amour du métier, perte de sens…), les auteurs invitent à réarticuler la question de la souffrance au travail à un cadre politique global qui oserait enfin déconstruire un système, critiquer frontalement les présupposés de l’idéologie gestionnaire qui imprègne nos vies professionnelles sans que personne, sinon chacun dans sa propre expérience isolée, n’y prête attention.

 

Lire l’article des « Inrockuptibles »

 

 

                    vfc BiffyClyro GodSatan

                                       La gauche doit revoir sa conception du travail 

 

 

 

Lire aussi

Santé au travail: Des syndicalistes sensibles aux effets des ondes électromagnétiques !

Santé au travail : Tu aimeras ton employeur comme toi-même !

Partager cet article

Repost 0
Published by Social Nec Mergitur - dans Santé au travail: C'est HS !
commenter cet article

commentaires

Pages