Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 08:56

 

Les bibliothèques c’est aussi un territoire, des représentations et une dimension économique


L’association Bibliothèques sans frontières a lancé une campagne de pétition et de communication rassemblant déjà des signatures prestigieuses d'écrivains et d'intellectuels pour « ouvrir plus les bibliothèques », notamment le dimanche ou le soir. Idée généreuse et à laquelle on pourrait souscrire les yeux fermés si elle n'était pas portée de telle manière (on vous laisse lire le texte de la pétition qui frôle l'agressivité et le discours anti-fonctionnaire) et surtout si elle n'était pas aussi démagogique en cette période pré-électorale. Quelques arguments essentiels dans ce débat :


-  L'augmentation des horaires peut difficilement se faire avec des moyens humains en baisse : non remplacement d'un fonctionnaire sur deux comme l'oblige la RGPP

-  Même en réorganisant les services et en ouvrant là où c'est possible, plus largement, impossible de ne pas avoir recours à des mécanismes de compensation financière (le dimanche notamment) : avec quel argent ?

-  On pourra dire : embauchons des vacataires, des étudiants, des chômeurs avec des contrats précaires. Même question : avec quel argent ? Mais surtout : avec quelles compétences, pour quel service ? L'ouverture des bibliothèques plus largement ne doit pas se faire sur le mode dégradé que nous subissons d'ailleurs suffisamment en semaine !

-  Ouvrons plus : le dimanche en particulier focalise l'attention des pétitionnaires beaucoup plus que le lundi ou la nuit. Pour l'avoir vécu, l'ouverture dominicale pose un problème de logistique et de support : en cas de panne électrique, informatique, de trouble à l'ordre public etc... à qui fait-on appel ? Ce problème est déjà pénalisant le samedi, je ne vous dis pas le dimanche... Va-t-on demander à nos DSI (Direction des Systèmes Informatiques) de venir bosser aussi le dimanche ?

 

 

                    3094206572 5d37536e66 z

                                                                 - Bon, la panne attendra lundi

 


Ouvrons plus : mais pour quoi faire ?  A l'origine de cette demande, l'idée que les bibliothèques (parisiennes surtout, et universitaires d'autant plus) sont sursaturées et qu'en ouvrant plus on libère de l'énergie intellectuelle et créative en permettant l'accès au savoir pour tout le monde. En réalité, cette demande affiche plutôt le manque de places de travail et concerne en 1er lieu les étudiants, très mal lotis à Paris. Cette mission ne peut pas reposer uniquement sur les bibliothèques publiques dont les missions sont plus nombreuses (loisirs, culture, apprentissage)

-  Par exemple à la Médiathèque Yourcenar (Paris XVe), l'ouverture du dimanche ne permet pas de toucher d'autres publics. Du monde, oui, mais en famille. Ce sont les mêmes CSP qui fréquentent l'établissement. En semaine nous avons les enfants voire la maman le mercredi, et le dimanche, tous ensemble à la médiathèque. Croire que l'ouverture élargie peut seule permettre l'accès démocratique au savoir est illusoire, il faut prendre la question sous trois angles :


Le territoire : il est facile de comparer les très grosses bibliothèques centrales d'Amsterdam et d'Europe avec la multitude de médiathèques parisiennes. La France a choisi un maillage de bibliothèques très précis, au plus proche des populations. Cette tendance est en train de disparaître (elle a des défauts, bien évidemment) au profit de gros établissements. En supprimant le lien de proximité on "perd" les publics qui ont le plus de mal à se déplacer, à savoir les plus démunis, en favorisant les habitants des centre-villes et / ou en capacité de se déplacer facilement. Sans mécanismes hors-les-murs, cette tendance risque à terme de créer un fossé encore plus grand entre les territoires.


 

                     557431 390685764319751 182055145 n

 


Les représentations : bien que la bibliothèque soit reconnue pour jouer un rôle important dans la cité et même dans l'université, sa représentation par les différentes CSP est extrêmement différente. Il est évident que des établissements centraux, massifs, qui plus est fréquentés par des étudiants, peuvent "faire peur" à des populations au capital culturel plus faible. Les bibliothèques doivent travailler sur cette écart, par de la communication ciblée et des actions hors-les-murs, pour réduire cet aspect à un détail et promouvoir la lecture publique pour tous.

La dimension économique : le débat actuel se focalise sur des volumes horaires sans aborder la question des tarifs de bibliothèque. C'est pourtant un élément important pour les familles. Il n'y a que des décideurs pour ignorer cet aspect ou répéter, comme je l'entends souvent "mais 15€ pour une année, c'est rien, c'est symbolique". Non, ce débat doit être ouvert et pourquoi pas, débattu nationalement. Je ne suis pas pour autant favorable à une gratuité absolue et pour tous, mais une meilleure dose de progressivité devrait être mise en place.

Alors avant d’ouvrir plus, ouvrons mieux et soutenons la pétition mise en ligne



 

                                               Ouvrir mieux les bibliothèques: Un objectif à atteindre

                          b93a0d3fc898c063ec734bc8ea342fd7

                                                           - On peut y arriver !

 

 

 

 

Lire aussi

Bibliothèques : Ouvrir plus ou ouvrir mieux ?

Recul sur la gratuité de la musique dans les bibliothèques parisiennes

Partager cet article

Repost 0
Published by Social Nec Mergitur - dans Bibliothéconomiquement Vôtre
commenter cet article

commentaires

faidi 29/01/2014 12:05

Je ne voit pas d'autres solution qu'une grève dans les bibliothèque...!!
-Lorsque l'on voit...,les "fuites d'eau, le sous-effectifs, le délabrement.., les "ouvertures le dimanche, le soir, bientot la nuit...", des salaires "d'esclave".., des emploies précaire..,des
conditions de travail épouvantable.., les abus-de pouvoir..,les ondes-électromagnétiques..,lorsque l'on voit des primes départementale à 40 000 euros par ans..,les troubles "psycho-sociaux",
l'absentéisme.., le mal-etre au travail.., et toutes les "casseroles de la Ville".., seul solution.
LA Révolution.!!!!!!!!!!!

Lawrence d'Arabie

Pages