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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 10:49

 

Libération : Le 28 février 2013

Les maîtres nageurs de la capitale ont voté la fin de leur mouvement. Retour sur dix mois de conflit

Serait-ce la fin des désillusions matinales pour les nageurs parisiens ? Pendant dix mois, les amateurs de plongeons au réveil ont régulièrement trouvé scotchée sur la porte de leur piscine de quartier une note les informant qu'elle est «fermée pour cause de grève», sans plus d'explication.

Au plus fort de la contestation, le 14 février, les 38 piscines municipales de la capitale étaient fermées pour la journée entière. Après des semaines de tractations, les 300 maîtres nageurs de la capitale semblent avoir obtenu gain de cause auprès de la mairie de Paris, et ont voté jeudi matin, à la quasi unanimité, la fin de leur mouvement.

Lancé conjointement avant l’été par les syndicats CGT et FO, ce débrayage visant au départ uniquement les créneaux du matin avait pris de l’ampleur à l’automne en s’étendant aux plages horaires dédiées aux scolaires, privant les écoliers de cours de natation depuis plusieurs semaines.  

Alors que l’agacement des usagers avait atteint son paroxysme (pétitions de nageurs, création de collectifs de parents) et après une cinquantaine de réunions infructueuses, les syndicats et la mairie de Paris sont donc finalement arrivés à s'entendre. Retour sur dix mois de conflit.

 

                                                 Dix mois de conflit dans les piscines parisiennes

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                                         " A force d'attendre depuis tout ce temps, j'ai attrapé une crampe ! "

 

Les causes du mouvement  A l’origine de la fronde des «mait’ nages», un rapport de la Chambre régionale des comptes d’Ile-de-France de 2011 pointant le «système discutable» des cours de natation individuels dispensés par les maîtres nageurs sauveteurs (MNS) pendant leurs heures de surveillance des bassins. Soit l’exercice d’une activité privée sur le temps de travail rémunéré par la municipalité.

Or, ce système dit «des tickets» a depuis toujours compensé le faible régime indemnitaire des maîtres nageurs, agents de catégorie B. D’ailleurs, l’argent généré par ces cours (aquagym, session pour les seniors, etc.) revient à la mairie de Paris, qui d’après la CGT, n’en reverse que 60% aux MNS via un circuit administratif complexe. La suppression envisagée des tickets en faveur d’un système de rémunération plus transparent a mis le feu aux poudres, les maîtres nageurs étant persuadés d’y perdre au change.

Dans le même temps, les rumeurs d’application à la rentrée 2013-2014 d’une circulaire de Luc Chatel datant de 2011 autorisant des bénévoles à surveiller les bassins pendant les sorties scolaires a renforcé les inquiétudes des MNS sur la précarisation de leur statut.    

 

                                     A la recherche d'un système de rémunération plus transparent 

                mark spitz 1972 09 08

                                                " C'est vrai que le  circuit administratif est complexe."

 

Que voulaient les maîtres nageurs ?  Pendant de longs mois, les deux parties ont peiné à se comprendre : «On a eu du mal à identifier leurs demandes», concède un cadre en charge du dossier à la mairie de Paris. Au final, deux revendications ont dominé les négociations. La première était salariale : les maîtres nageurs acceptaient le principe d'une réforme du système des tickets mais refusaient de voir leur salaire baisser. Ils demandaient donc des garanties à la mairie de Paris sur leur nouveau système indemnitaire. Ils voulaient aussi être rassurés sur leur statut à long terme, craignant qu’une approche budgétaire de la «filière aquatique» ait pour but de les remplacer progressivement par des bénévoles ou des précaires (parents d’élèves, étudiants).

La seconde revendication était plus explosive. Les maîtres nageurs réclamaient la totalité des heures de cours de natation dispensés aux écoliers du primaire, qu’ils partagent pour le moment à 50-50 avec les Professeurs de la ville de Paris (PVP).

En 2002, les maîtres nageurs avaient arraché au bout d’un autre conflit marathon de quatorze mois la parité de l’encadrement des cours, jusque-là assurés à 80% par les PVP. Mais pour ces derniers, hors de question de revenir sur l'accord de 2002 : «On a le soutien sans faille des parents d’élèves là-dessus, ainsi que celui de la mairie», assurait Bernard Suisse, représentant du Snadem, le syndicat des PVP, en début de semaine.

 

                                      En 2002, il y eu aussi un conflit marathon de quatorze mois

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                                                  "  Refaire le marathon ? Hors de question ! "

 

« La natation n’est pas leur coeur de métier, contrairement aux maîtres nageurs, répliquait Ida Cohen, secrétaire générale de la CGT Cadres, qui représente les maîtres nageurs. Que les PVP restent dans leurs gymnases ! »

Réponse des PVP : «L’éducation physique est un tout et la natation en fait partie intégrante, on ne peut pas découper les enseignements ainsi.»

Selon plusieurs parents, à la piscine Jean Taris, dans le Ve arrondissement, considérée comme l’épicentre du mouvement, les PVP et les maîtres nageurs n’étaient pas loin d’en venir aux mains devant les écoliers à maintes reprises.

Au début du conflit, Jean Vuillermoz, adjoint au maire (PCF) chargé des sports s’était même indigné au Parisien de cette guerre fratricide entre fonctionnaires : «C’est la première fois que je vois une catégorie de personnel vouloir récupérer le travail d’une autre.» Ambiance. Force Ouvrière s’était d’ailleurs mis progressivement en retrait sur cette revendication, principalement portée par la CGT.

 

                                          Dix mois de grève dans les piscines parisiennes

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                                                                  " Un très très très long métrage "

 

 

Des usagers à bout de patience  Traînant des pieds pour jouer les arbitres entre MNS et PVP, fustigée pour sa lenteur et sa communication opaque, la mairie a cristallisé le ras-le-bol des usagers.

«On ne soutient pas mais on n’accable pas les maîtres nageurs, résume Emmanuel, fondateur de l’association Nageurs citoyens, créée début février à l’occasion d’une énième session piscine annulée au dernier moment. Ce qu’on veut, c’est que les élus règlent ce conflit une bonne fois pour toute, et surtout que la mairie de Paris nous informe sur les grèves.»

De leur côté, les grévistes, qui avaient aussi créé leur blog début février pour tenter de mettre les nageurs derrière eux, ne montraient aucun signe d’épuisement. «Ils font grève une heure par jour et à tour de rôle, car il suffit qu’un maître nageur sur quatre se mette en grève pour fermer tout un bassin, se désole un parent. La grève ne leur coûte quasiment rien et leur pouvoir de nuisance est énorme, ils n’abandonneront pas comme ça.»

 

                                                          Après dix mois, le conflit risquait la noyade

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                                                                    " Au secours, aidez moi ! "

 

Une sortie de crise en vue ?  Mardi matin, les représentants CGT des maîtres nageurs étaient sortis plutôt satisfaits de leur réunion avec la direction des ressources humaines de la mairie de Paris. «La donne a changé», se félicitait David Rigaudie (CGT).

«La mairie a décidé de remettre toute la filière aquatique dans le droit chemin, en leur donnant de vraies garanties, assure-t-on du côté du cabinet du maire. La Ville s’est engagée à ne pas prendre de bénévoles ni d’agents de catégorie C dans les piscines et à garder les maîtres nageurs. Le nouveau régime indemnitaire sécurisera leur position et assurera un revenu équivalent à l’ancien système, et sera même plus favorable pour la moitié des MNS.»                                              

Quid du litige avec les PVP ?   «On ne revient pas sur le protocole de 2002. Mais on va profiter de la réforme des rythmes scolaires pour augmenter le volume de cours de natation dans le périscolaire, cours que les MNS assureront. De manière générale, on va renforcer l’offre aquatique pour les enfants, notamment pour les CM2. Il y aura un effort budgétaire à cette occasion, en plus des fonds dégagés par la réforme des rythmes.»

Ce dernier compromis a convaincu les maîtres nageurs, qui ont voté la fin de la grève à une écrasante majorité jeudi matin lors d’une assemblée générale à la bourse du travail. La signature de l’accord avec la mairie de Paris devrait se faire dans la journée, et les parisiens matinaux pourront en principe retrouver leurs bassins dès demain matin.

Un bémol cependant, une partie des promesses faites aux maîtres nageurs dépend de façon cruciale de la très laborieuse réforme des rythmes scolaires. Avec le risque de reporter la crise de quelques mois.

Lire l’article de « Libération »

 

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                                                       " Bon, pour les piscines c'est fait ! "              

 

 

Lire sur

JDD : Fin des vagues dans les piscines parisiennes?

Le Parisien : Piscines perturbées après dix mois de conflit !

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Published by Social Nec Mergitur - dans Revue de presse
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