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4 août 2014 1 04 /08 /août /2014 08:45

 

Marianne : Le 20 avril 2014

 

….Les sosos* applaudissent !

 

La « gentrification » de la capitale est galopante, ce n’est pas nouveau. Les classes populaires ont depuis belle lurette été priées de déplacer leurs valises à la périphérie, et les classes moyennes empruntent progressivement le même chemin. C’est qu’il faut faire de la place à l’essentiel : le business. Les ouvertures de boutiques de luxe ont triplé entre 2012 et 2013, d’après une étude publiée par le Figaro. Ne cherchez plus votre épicerie, c’est désormais une boutique Christian Dior. Il semble pourtant que le phénomène soit encore trop lent aux yeux de certains. Si Paris se transforme en vitrine de luxe, ne serait-il pas plus rapide d’acheter toute une rue pour la transformer non pas en « concept store » – trop petit —, mais bien en « concept street » ?

 

Cédric Naudon n’a pas peur d’être ambitieux, lui. Il y a quelques mois, l’homme était un parfait inconnu ; c’est qu’il vivait aux États-Unis. Là-bas, il aurait fait fortune « en achetant des immeubles au bon moment et en les revendant au bon moment », comme il l’expliquait doctement sur le plateau du « Supplément » de Canal +. Ah oui, dit comme ça, ça semble facile, on comprend tout. Devenu riche, Cédric Naudon est revenu en France pour exercer son véritable métier : « éditeur de lieux à vivre et à manger » (sic).

 

Il a donc fait main basse sur pas moins de trente six boutiques de la rue du Vertbois, dans le IIIe arrondissement de Paris. C’est désormais à la crème des designers et des architectes du monde entier que revient la délicate mission d’ « imaginer » qui une boucherie, qui une fromagerie ou une pâtisserie… Mais aussi d’autres commerces indispensables à la survie des Parisiens : un bar à huitres, un « streetfood coréen », un « concept store », une galerie d’art, un bar à tapas, ou encore un « club japonais ». On ne doute pas une seconde que tous ceux qui rêvent de transformer la vie quotidienne en expérience « arty » applaudiront des deux mains. L’ovation a d’ailleurs bien commencé, puisque la « bible du design », la revue Wallpaper, a consacré sa couverture au projet. Une myriade de personnages très bien habillés se disent enthousiasmés par le « concept ».


 

                       fiesta


 

L’argument censé rendre le projet moralement acceptable pour le reste des mortels (ceux d’entre nous qui ne portent pas de fine moustache trendy ou de pantalons fashion bleu électrique), le voilà : tous les commerçants se fourniront chez des producteurs français, des agriculteurs travaillant dans le respect de l’écologie et des savoir-faire traditionnels. Formidable. Mais si ces « produits exceptionnels » ne sont destinés qu’à la poignée de personnes qui fera son shopping rue Vertbois, on craint qu’il ne s’agisse là que d’un snobisme de plus.

 

Comme dans Asterix, un seul récalcitrant résiste à l’envahisseur : il s’agit de « L’Ami Louis », un restaurant installé depuis 1924 au 32 rue du Vertbois, une institution dans le quartier. Malgré les sollicitations, le patron n’a aucune intention de vendre, fut-ce au nom de la création d’un « hub arty et gastronomique ». On le sent agacé, l’ami. La seule présence d’un journaliste est perçue comme une menace. « Nous on est là, on ne bouge pas, on n’a rien à dire. L’ami Louis est aux abonnés absents, sauf pour ses clients ! ».Dans l’article dithyrambique que lui consacrait L’Express à la fin du mois de mars, Cédric Naudon n’était pas ému par la ténacité de l’Ami Louis : « On finira par l’avoir », disait-il simplement.


On sait bien que parmi les nombreux griefs formulés à l’encontre de la France et de ses habitants, il y a : la résistance au changement, la méfiance à l’égard des riches, et le fait de ne jamais suffisamment encourager les entrepreneurs. On aimerait pouvoir se réjouir, mais pour les Parisiens qui espèrent encore vivre à Paris, et non dans un « concept store » géant, le « rêve humaniste » prend des allures de cauchemar.  Pour ceux qui veulent se délecter d' « humanisme », le dossier de presse du projet est téléchargeable ci-dessous : LaJeuneRue.pdf  

 

Lire l’article de Marianne


 

 

                                            Une idée qui rend l'homme moderne enfin enthousiaste

 

               cb

                                                         -  Un concept store ? Vite je reviens à Paris !

 


                                  

 

 

*Lire aussi

Le Paris d'Anne Hidalgo: Les bobos, c'est fini, voici les Sosos !

 

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Published by Social Nec Mergitur - dans Revue de presse
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