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4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 16:42

 

Question(s) Sociale(s)


Ça fait trop longtemps qu’il ne sait plus où il habite


« Les jours de Thierry Lepaon sont comptés », affirme un membre de la direction de la CGT, qui comme tous ceux qui s'expriment sur le sujet parle sous couvert d'anonymat. « Pendant notre entretien, explique-t-il à l'auteur de ces lignes, j'ai reçu trois courriels de syndicats demandant sa démission ».


A ce stade, la question n'est plus de savoir si le secrétaire général de la CGT, 54 ans, va abandonner les fonctions qu'il détient depuis mars 2013, mais quand il va le faire et sous quelle forme. Après les révélations du Canard enchaîné sur les travaux dans son appartement de fonction puis ceux dans son bureau, puis celles de l'Express sur son indemnité de départ quand il est passé de la région Normandie à la direction de la centrale - 31 000 euros, selon nos informations - le couvercle a sauté. « Il est fini, souligne un autre dirigeant. Avec ces indemnités de départ qui mettent en cause les valeurs de la CGT,  ce n'est plus tenable. C'est irrattrapable ».


Mardi 2 décembre, lors de la réunion du bureau confédéral qui a suivi les informations de L'Express, Thierry Lepaon  a expliqué que cette indemnité était « une compensation » compte tenu de la « situation de précarité » dans laquelle il se serait trouvé à son départ de Moulinex. Mais il n'a pu que constater qu'il était lâché par les autres membres de son bureau confédéral. A l'exception peut-être d'Agnés Naton, la directrice de la Nouvelle Vie ouvrière, qui n'était pas présente, aucun des huit autres membres de son équipe dirigeante ne l'a soutenu.

 

 

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                                               Thiery Lepaon se retrouve tout seul



Une information (minimaliste) a été adressée aux 33 fédérations et aux 96 unions départementales composant le comité confédéral national (CCN) – le parlement de la centrale –  indiquant que « la transparence complète sera donnée à nos organisations sur ces derniers éléments et la commission exécutive (CE) confédérale se réunira le 9 décembre pour prendre toutes les dispositions nécessaires ».


Vendredi 5 décembre au matin, alors qu'on devrait connaître les premières tendances des élections dans les trois fonctions publiques, le bureau confédéral se réunira de nouveau pour préparer la réunion de la CE. « Il pense encore qu'il ne va pas être obligé de démissionner, indique un dirigeant. Il est à l'ouest, incapable de mesurer l'état de l'organisation ». « Il y a des cartes d'adhérents qui volent, ajoute-t-il, et des militants qui font savoir qu'ils vont faire la grève des cotisations tant que cette situation ne sera pas réglée ».


Dès lors, il y a deux hypothèses, alors que de plus en plus de syndicats demandent sa démission : « Soit il prend la mesure de ce qui se passe, affirme une source, et à l'issue de la réunion de la CE du 9 décembre, il démissionne le soir même ou le lendemain; soit il attend un CCN en espérant que d'ici là il réussira à calmer le jeu. Mais c'est trop tard ».

 

 

 

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Seul le parlement de la CGT  peut révoquer, selon l'article 30 des statuts, le secrétaire général. Le CCN peut être convoqué par la commission exécutive ou  à la demande d'un tiers de ses membres. Selon toute probabilité, la CE convoquera un CCN qui ne pourrait pas se tenir avant début janvier. « Je ne vois pas comment il s'en sort, observe un dirigeant. Dans son entourage, certains peuvent lui conseiller de s'accrocher mais cela prouve qu'il est mal entouré. S'il ne démissionne pas de lui-même, le CCN sera amené à le débarquer, ce qui sera pour lui la pire des solutions ».


Si M. Lepaon quitte ses fonctions à court terme, la question sera de savoir comment le remplacer. Et, là, la CGT plonge dans l'inconnu. On peut imaginer trois hypothèses. La première serait que le « parlement » cégétiste élise un nouveau secrétaire général. L'écueil est que la CGT ne veut pas se retrouver dans la crise qui a prévalu lors de la succession de Bernard Thibault, avec une compétition entre trois responsables – Eric Aubin, Nadine Prigent et Agnés Naton. « Il ne faut pas retomber dans la guerre des noms », prévient un dirigeant.


Pour l'heure, le seul nom qui circule est celui de Philippe Martinez, secrétaire général de la fédération de la métallurgie qui vient de chez Renault et incarne une ligne encore plus radicale que celle suivie actuellement. Cette orientation n'est pas majoritaire dans la CGT mais M. Martinez pourrait compter sur le soutien d'une autre fédération importante, celle de la santé, l'ancienne organisation de Mme Prigent. « Ce serait le retour des gardiens du temple, commente un responsable, le retour de la CGT des années 70-80 ».


La seconde hypothèse consisterait à nommer un secrétaire général à titre transitoire jusqu'au prochain congrès, en octobre 2016. La troisième hypothèse s'en rapprocherait avec la désignation d'une direction collégiale. Cela n'est pas prévu explicitement par les statuts mais ils ne l'interdisent pas.  « Rien n'est impossible », assure un dirigeant de fédération.

 

 

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Cette affaire est un méchant clin d'œil à l'histoire de la CGT, avec son second  secrétaire général, Victor Griffuelhes, élu en 1901, qui fut mis en difficulté par une sombre affaire immobilière. En 1905, la CGT est expulsée de la Bourse du travail  par le gouvernement, indique le Maitron, le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et du mouvement social.


Grâce à un prêt de 90 000 francs, elle s'installe rue de la Grange-aux-Belles, dans le Xe arrondissement parisien. Comme la loi française interdit à la confédération d'être propriétaire d'un bien immobilier, l'immeuble fut acheté au nom de la « Société Victor Griffuelhes et compagnie ». « Cette pratique, commente le Maitron, heurta les sentiments ouvriéristes de certains militants. De plus, pour mettre en état le nouveau siège et y installer une imprimerie et un dispensaire, Griffuelhes dut faire de larges prélèvements dans des fonds que la CGT destinait à d'autres fins ».

 

Compromis dans une autre affaire, Griffuelhes se retrouve en prison, le gouvernement Briand cherchant à obtenir l'éviction du secrétaire général de la CGT. Une « crise du syndicalisme » se profilant selon son expression, Griffuelhes choisit de démissionner en 1909.


Au congrès de la CGT de 1910, Victor Griffuelhes revient à la charge pour se défendre:  comme il est « difficile de me prendre, on veut procéder par des moyens détournés et on se dit : puisque la lutte en face n'est pas possible, on va jeter la suspicion, soulever les questions toujours délicates, comme les questions d'argent, et ainsi créer une atmosphère telle qu'il sera obligatoire pour Griffuelhes de déguerpir ! Je l'ai fait, je ne me suis pas fait prier, je suis parti bien vite pour moi-même et je vais m'expliquer : je suis parti parce que je sentais que si j'avais voulu m'obstiner à rester – et j'aurais pu le faire – il m'eût été difficile de poursuive ma tâche dans les conditions anciennes ». Un siècle plus tard, toute comparaison avec une situation déjà connue est hors de propos.


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                                                                     CGT : Un  ravalement de façade ?

 

 


 

 

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Published by Social Nec Mergitur - dans Revue de presse
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