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30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 18:34

 

Le Figaro : Le 30 octobre 2014


L'affaire des travaux somptuaires de son logement de fonction fragilise un peu plus le leader déjà contesté.


Un coup dur de plus pour Thierry Lepaon. L’avenir du patron de la CGT s'annonce des plus incertains après la révélation, par Le Canard enchaîné, que la centrale syndicale a financé quelque 130.000 euros de travaux de rénovation pour pouvoir le loger dans un appartement à proximité de Paris. « Il est normal que le secrétaire général de la CGT ait un logement de fonction dans la capitale s'il vient de province et y a conservé son appartement, semble le défendre le dirigeant d'une centrale concurrente. Mais là, c'est délirant. Le syndicat aurait dû lui louer, si sa famille n'habite pas avec lui et sans faire de travaux somptuaires, un studio ou un tout petit deux-pièces


Et sûrement pas un 100 ou 120 m2, refait à neuf loin des standards prolétaires, le long du bois de Vincennes. « Il y a un minimum de bon sens à avoir, abonde-t-on au sommet de l'État. Le patron de la CGT ne peut cautionner de tels excès. Loger à Vincennes et non dans un quartier populaire quand on occupe ce poste, c'est en soi toxique ». L'entourage de Thierry Lepaon fait d'ailleurs savoir qu'il aurait refusé une HLM pour ne pas qu'il se voit reprocher de prendre la place de quelqu'un dans le besoin… « C'est une grosse maladresse qui fait désordre par les temps qui courent », jure néanmoins l'un de ses proches.


Quoi qu'il en soit, cette « boule puante », probablement lancée par l'un de ses contradicteurs au sein de la centrale, aura de lourdes conséquences internes. « Elle explose à un moment où Thierry Lepaon est déjà fragilisé et son onde de choc va dépasser la sphère de ses premiers opposants », s'inquiète l'Élysée. « Cette affaire choque tous les militants tant elle heurte les fondamentaux du syndicat », confirme un ex-cadre de la CGT. « Thierry Lepaon, qui a été élu en 2013 par défaut après une guerre de succession qui a laissé des traces, n'a jamais réussi à s'installer à la tête de la centrale et cette histoire le délégitime un peu plus », décrypte Bernard Vivier, le directeur de l'Institut supérieur du travail.


 

         le-20-heures-du-29-octobre-2014-appartement-de-lepaon-la-cg.jpg

                                      Affaire Lepaon : ça va laisser des traces à la CGT



Mais pas au point de le pousser vers la sortie ou à la démission. « C'est injouable, la CGT n'a pas la culture du putsch malgré les divergences existantes », assure un visiteur du soir influent de Thierry Lepaon. « S'il y a bien une opposition en interne entre ceux qui veulent attendre le congrès de 2016 pour s'en débarrasser et ceux qui veulent le faire partir rapidement, personne n'est en position de prendre la relève », ajoute un expert de la centrale.


Et ce, d'autant que la CGT n'est plus que l'ombre de ce qu'elle a été. Elle ne cesse de céder du terrain dans les élections: elle a par exemple perdu neuf points en six ans chez EDF, l'un de ses bastions historiques. « Elle s'est aussi pris une claque à la SNCF et craint le pire pour les élections à venir dans la fonction publique, la Poste ou France Télécom », signale un ancien dirigeant de fédération.


La CGT a aussi nettement perdu en influence. Elle ne pèse plus dans les négociations, où elle vient désormais en observateur. « Elle n'était déjà plus un partenaire fiable, cette histoire ne va rien améliorer », confie-t-on au Medef. La direction de la CGT ne tient plus non plus ses fédérations. Pour preuve, l'incapacité de Thierry Lepaon d'empêcher, puis de stopper avant l'été la grève (de deux semaines) à la SNCF contre la réforme ferroviaire. « C'est vrai, on a été dépassé », avait-il d'ailleurs reconnu à l'issue du conflit dans les colonnes du Figaro.


Il a également été mis plusieurs fois en minorité au sein de son propre bureau, une première pour un nouvel élu ! Quant à ses appels à la mobilisation, comme le 16 octobre dernier pour défendre la Sécu, ils n'attirent plus personne dans les rues. Le vrai problème de la CGT est qu'elle ignore où elle va: elle ne sait pas si elle doit prôner un syndicalisme de lutte - pour coller aux centrales radicales comme Solidaires - ou de compromis - un champ occupé par la CFDT et parfois FO. « La CGT est livrée à elle-même sans avoir la culture du débat, traduit Bernard Vivier. Le problème n'est pas Thierry Lepaon, mais l'absence de ligne.» Une ligne jadis fixée par l'état-major du Parti communiste, dont faisait partie le patron de la CGT…


 

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                                     -  Maintenant, les lignes sont derrière nous !



Cet affaiblissement supplémentaire du patron de la première centrale de France pourrait toutefois bien produire l'effet inverse de celui recherché. « Personne n'a intérêt à un affaiblissement de la CGT », confirme un cégétiste historique. « La théorie du complot va une nouvelle fois l'emporter et permettre à Thierry Lepaon de resserrer les rangs autour de lui », prédit déjà l'un de ses proches. « Il peut tout à fait renforcer provisoirement sa légitimité en prétextant que, à travers lui, c'est en fait la CGT qu'on attaque », confirme un ancien de la maison.


Une enquête interne a d'ailleurs été diligentée pour trouver le coupable qui a dérobé, dans les bureaux de la trésorerie bien gardés, les devis des travaux réalisés… « Tout va se jouer dans les jours qui viennent », prévient l'Élysée. Et notamment mardi et mercredi prochains, lors de la réunion du comité confédéral national, le parlement de la CGT.


Reste qu'au-delà de ses conséquences internes l'affaire des travaux de l'appartement de Thierry Lepaon va avoir une répercussion externe. « Tout ce qui décrédibilise un acteur social n'est pas bon », juge l'Élysée. « Après le scandale Thévenoud, ça va renforcer le sentiment que toute la classe dirigeante est pourrie et conforter un peu plus le Front national ou le Front de gauche », renchérit, dépité, le dirigeant d'un syndicat concurrent. Bref, les extrêmes. Certains croient d'ailleurs voir, dans cette affaire, une opération de déstabilisation orchestrée au sein de la CGT par les amis de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon, de plus en plus nombreux dans le syndicat.


Lire l’article du « Figaro »


 

         2013-03-19melenchon-cgt.jpg

                                              - Dis Jean-Luc, c'est vrai tout ça ?


 

 

 

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Published by Social Nec Mergitur - dans Revue de presse
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