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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 08:33

 

Tribune Libre   Un texte de Francis Mizio*

     

Non à la fermeture de la bibliothèque Morland


Je suis un écrivain, mais aussi un citoyen, un quidam, qui doit tout aux bibliothèques de prêt. Je leur suis viscéralement attaché. Enfant aux parents guère fortunés,  j'ai usé mes pantalons dans les bibliothèques municipales de ma ville. Plus tard salarié, déjà, pas assez rémunéré dans les années 80-90 j'ai écumé le catalogue de la  bibliothèque d'entreprise réservée au personnel de la grande banque parisienne pour laquelle je travaillais.  Aujourd'hui encore, -et toujours, et plus que jamais, et résolument-, je hante tout ce qui est bibliothèque et médiathèques de ma ville, de musées, d'administrations, d'entreprises, même.

 

J'ignore si la bibliothèque financée par la banque et son comité d'entreprise de l'époque existe encore. Je doute, mais je le souhaite vraiment. On dit que chaque vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle. Je viens d'apprendre que la ville de Paris voulait supprimer la bibliothèque Morland, réservée au personnel de la ville. La ville de Paris brûle donc ses bibliothèques. Sans doute l'idée de donner accès à la culture à des employés est-elle une idée de vieillard -de ceux qui firent en 1945 le service public, la sécu, l'éducation, et j'en passe.

 

                                                                       mizio

 
Les employés de la ville de Paris ne devront que produire, travailler et ne plus pouvoir se cultiver sans écorner leurs faibles rémunérations. On savait déjà au titre du terme étrange de "volumétrie" que la ville de Paris veut se séparer de milliers de livres. La volumétrie va donc atteindre l'accès à la culture des salariés. Lire, c'est sans doute désobéir. Lire c'est sans doute coûter de l'argent.  Donner à lire, donner du sens, c'est sans doute plus onéreux que de répandre du sable sur des quais pour amuser une galerie de passants.

 

C'est à la bibliothèque de prêt qu'enfant j'ai emprunté le roman de Ray Bradbury : "Fahrenheit 451". Des pompiers y brûlent des livres. Ils font des tas dans la rue et les enflamment. A Paris, on va carrément éliminer des rayonnages. C'est plus radical, plus rationnellement froid, sans doute. On fera un hôtel ou un supermarché. On fera de l'argent grâce à la revente du lieu. Avec le reste on communiquera sur papier glacé et sans doute parlera t-on dans ces pages aux mots creux de Paris, Ville de Culture.

 

Le service public -ho ! le méchant mot- est en train de crever sous la bêtise et la cupidité. Le service public, l'éducation générale, le respect de chacun, et même de ses salariés, voudrait qu'on s'élève toujours plus.

C'est une histoire de dignité. Encore un vilain mot, sans doute.

Le projet de fermeture de la bibliothèque Morland est indigne. Comme de nombreux autres écrivains je suis signataire de la pétition. Je vous engage à faire de même.

 

Francis Mizio

 

Ce texte est également paru sur le site du "Nouvel Observateur".

Le site de Francis Mizio est là.

Lire aussi une autre tribune publié en 2008, où le Salon du livre et celui de l'agriculture pourrait ne faire qu'un.

 

* Francis Mizio, né à Melun en 1962,  a écrit près d'une vingtaine de romans et nouvelles. Il est l'un des nombreux auteurs qui ont participé à la série "Le Poulpe". Pour voir sa bibliographie.

 

Sur le même sujet:  

Des écrivains au secours de la bibliothèque Morland !

L'enjeu des bibliothèques: Une chronique de Pierre Marcelle

 

 

 

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Published by parisculturesociale - dans Tribune libre
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