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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 14:45

 

Ils invoquent une décision du Conseil d’État qui considère que les agents des établissements accueillant des usagers domiciliés en Zone Urbaine Sensibles (ZUS) peuvent prétendre à la même prime que leurs collègues des ZUS.

 

Plus de cent bibliothécaires parisiens ont déposé fin avril un dossier au Tribunal administratif afin d’obtenir une prime « NBI » (Nouvelle bonification indiciaire) a annoncé la CGT des affaires culturelles dans un communiqué (lire ici). 

 

Cette prime était, jusque dernièrement, destinée exclusivement aux agents dont l’établissement se situait en zone urbaine sensible (ZUS) mais une décision du Conseil d’État a ouvert une brèche juridique dans laquelle s’est engouffrée le syndicat.

 

En effet, la plus haute juridiction administrative de ce pays a considéré dans un jugement de 2013 que les agents des établissements accueillant des usagers domiciliés en ZUS, peuvent prétendre à la même prime que leurs collègues des ZUS. Une décision qui, à Paris, devait avoir des conséquences importantes car la capitale abrite une dizaine de ces zones urbaines. Certaines sont dans des quartiers périphériques (XVIIe, XVIIIe, XIX et XXe), mais une grande partie est située dans le Xème et le XIe arrondissement soit à un jet de pierre de la Bastille, voire carrément à proximité de la Place de la République. Bref au cœur de la ville.

 

 

 

L'emplacement des ZUS à Paris (en orange)

Paris : Des bibliothécaires saisissent le Tribunal Administratif pour obtenir la même prime que leurs collègues.
Paris : Des bibliothécaires saisissent le Tribunal Administratif pour obtenir la même prime que leurs collègues.

 

Actuellement, seuls les personnels de sept bibliothèques parisiennes* bénéficient de cette prime, d’un montant compris entre 45 et 90 euros en fonction de leur grade. Mais si la CGT arrive à faire appliquer la jurisprudence du Conseil d’État, les choses pourraient changer en profondeur tant la situation géographique des établissements municipaux parisiens est favorable aux plaignants.

 

Un des meilleurs exemples est que les agents de la bibliothèque Benjamin Rabier, au 141, avenue de Flandre (XIXe), perçoivent cette prime « NBI ZUS » alors que leurs collègues de Lévi-Strauss, au 35, avenue de Flandre (XIXe), à quelques pas de là, n’en bénéficient pas, remarque ainsi Le Parisien. Enfin pas encore ?

 

Mieux, la mairie de Paris a récemment rendu publique une cartographie des lecteurs inscrits dans les bibliothèques Marguerite Yourcenar (XVe) et Marguerite Duras (XXe). Ce document montre que ceux-ci proviennent de tous les quartiers de la capitale, et même de banlieue. « C’est probablement le cas pour quasiment toutes les bibliothèques, estime la CGT dans Livre Hebdo. « L’ensemble des personnels peut donc être potentiellement concerné » affirme même, confiant, le syndicat (lire ici).

 

La CGT a demandé à être reçue sur ce dossier par l’administration parisienne afin de parvenir à un accord. « Dans le cas contraire, nous demanderions le rappel des primes dues jusqu’à quatre ans en arrière » n’hésite pas à rappeler le syndicat. Montant de la douloureuse pour la Ville de Paris ? Pas loin de 500 000 euros selon les estimations. Ouille !

 

Publié également sur Miroir social

 

 

       Les plaignants demandent un rappel qui ira jusqu'à l'ancienne mandature

Paris : Des bibliothécaires saisissent le Tribunal Administratif pour obtenir la même prime que leurs collègues.
Paris : Des bibliothécaires saisissent le Tribunal Administratif pour obtenir la même prime que leurs collègues.

     -  Je te préviens Bertrand, si on perd je t'envoie la facture

* Les sept bibliothèques parisiennes qui sont géographiquement installées dans une ZUS sont : Chateau d'Eau, Lancry (Xe), Goutte d'Or, Porte Montmartre (XVIIIe),  Benjamin Rabier (XIXe), Couronnes et St Fargeau (XXe).

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4 mai 2015 1 04 /05 /mai /2015 12:19

 

« Le réseau des bibliothèques est mis à mal, certaines doivent même réduire leurs horaires d’ouverture. C’est quand même un comble de parler d’ouverture du dimanche dans ce contexte-là » ont taclé plusieurs conseillers de Paris.

 

Cela à beau être une des obsessions de la maire de Paris, Anne Hidalgo et de Bruno Julliard, son premier adjoint en charge de la culture, mais le projet d’ouvrir deux nouvelles bibliothèques municipales le dimanche dans la capitale est loin de faire l’unanimité, y compris au sein de leur propre majorité. Et les débats ont été vifs lors du dernier Conseil de Paris. Les élus du groupe Communistes-Front de Gauche ainsi que ceux du groupe écologiste ont été très critiques sur les propositions de l’exécutif surtout dans un contexte où la municipalité parisienne réduit, année après année, les moyens de ses bibliothèques.

 

« Le réseau des bibliothèques est mis à mal. Les plus petits établissements ont du mal à fonctionner correctement avec des moyens très contraints, certaines doivent même réduire leurs horaires d’ouverture. Les budgets d’animation des établissements et d’acquisition des documents sont en baisse. C’est quand même un comble de parler d’ouverture du dimanche dans ce contexte-là ! » n’ont pas hésité à déclarer les communistes par la voix d’Emmanuelle Becker, jeune élue du XIIIème arrondissement.

 

Une critique reprise par les écologistes parisiens. « Ouvrir nos bibliothèques le dimanche nécessite une réflexion d’ensemble, plus générale, sur les ambitions de notre Ville sur l'accès à la lecture. Il s'agit, en premier lieu, pour nos établissements de disposer d'effectifs suffisants. Nous devons pouvoir nous appuyer sur des bibliothécaires professionnels pour que la qualité d'accueil soit au rendez-vous » ont-ils finement observé avant de lancer un petit scud à l’endroit d’Anne Hidalgo et de son premier adjoint. « Quelle cohérence portons-nous quand nous baissons les dotations, quand nous diminuons les postes ? » ont-ils lancé en plein hémicycle. Une vraie volée de bois (vert).

 

 

Ouverture des bibliothèques le dimanche à Paris : Bruno Julliard renvoyé à ses chères études par sa propre majorité municipale

  - Gloups...

 

 

Des élus qui emboitent le pas aux syndicats lesquels avaient déjà dénoncé quelques jours avant, au Comité technique de la Direction des Affaires Culturelles, la politique de la mairie. « L'augmentation des horaires (et notamment le dimanche) peut difficilement se faire avec des moyens humains en baisse et le non remplacement de fonctionnaires comme l’applique avec zèle la municipalité parisienne depuis plusieurs années dans ses bibliothèques.. . Certaines, malgré la réduction de leurs horaires, faute de personnels suffisant, sont même considérées par l’administration …comme encore en sureffectif ! On marche vraiment sur la tête ». Résultat, une réunion houleuse où les syndicats, pour protester contre le passage en force de Bruno Julliard, ont alors renvoyé l’ancien leader étudiant à ses chères études.

 

Mais au-delà des moyens, c’est la pertinence même de l’ouverture du dimanche qui fait débat parmi les élus. « Demandons-nous d’abord à quel besoin répond l’ouverture des bibliothèques le dimanche ? D’une certaine manière, elle répond à la dérégulation des modes de vie : toujours plus de personnes travaillent le samedi et même le dimanche. Mais souhaitons nous vraiment accompagner ces évolutions ? Souhaitons-nous permettre aux employeurs de toujours plus déréguler le travail en adaptant le service public aux exigences du secteur privé ? Si l’on poursuit la logique de la loi Macron qui veut généraliser le travail du dimanche, pourquoi ne pas plutôt ouvrir le lundi, jour de repos en devenir pour beaucoup de salariés ! » une question on ne peut plus pertinente à laquelle s’est apparemment  bien gardé de répondre Bruno Julliard. A moins que le lundi ce soit seulement ravioli ?

 

Car la question des modes de vie et des horaires atypiques est un sujet qui concerne aussi, et depuis longtemps, les …bibliothécaires, comme le rappelle au passage les élus de la capitale. « Attention au passage en force auprès de ces professionnels. Leurs horaires sont déjà atypiques, avec des week-ends les dimanches et lundis, des fins de journée à 19h. Pour beaucoup d'entre eux, d'entre elles, par exemple, ce ne sont pas des emplois du temps faciles à combiner avec une vie de famille » pointe avec justesse l’élue verte, Aurélie Solans (lire ici)

 

De plus, comme tout ceux qui veulent ouvrir les services publics le dimanche (sans y travailler soi même toutefois), la ville de Paris peine à justifier pourquoi elle veut ouvrir des bibliothèques ce jour là en dehors de quelques phrases creuses comme « l’adaptation aux rythmes de vie des parisiens » suivie, invariablement, « d’une demande croissante des usagers ». Antienne habituelle depuis plus de dix ans et que contestent formellement ceux qui ont eu accès aux chiffres de fréquentation des trois bibliothèques parisiennes déjà ouvertes ce jour là.

 

 

     Bibliothèques : Culture sur place ou à emporter ? (voir ici)

Ouverture des bibliothèques le dimanche à Paris : Bruno Julliard renvoyé à ses chères études par sa propre majorité municipale

  - Anne, je viens d'avoir une idée pour le prochain visuel des bibliothèques

 

 

« Il n’y a pas de "demande croissante" des usagers pour l’ouverture du dimanche » prévient la CGT Culture. « Bien sûr, il y a du monde le dimanche, mais ce sont souvent les mêmes usagers qui viennent déjà en semaine. Une observation faite par de nombreux bibliothécaires (lire ici). D'ailleurs, selon les chiffres même de la mairie de Paris, seul 5% des inscrits dans ces bibliothèques ouvertes le dimanche ne viennent que ce jour là. Loin d'une demande croissante » peut-on ainsi lire sur le site de ce syndicat.

 

Une analyse reprise également par la CFDT qui de son côté rappelle que « le bilan des ouvertures dominicales montre une fréquentation élevée de public non inscrit ». C'est-à-dire des étudiants « Un public qui n’emprunte pas. Cela n’est pas satisfaisant » conclut le syndicat désormais critique sur l’ouverture du septième jour (lire ici).

 

C’est un fait. C’est en effet la misère estudiantine en cours, notamment dans la capitale, qui explique la fréquentation des bibliothèques le dimanche  « La situation des jeunes et des étudiants qui n’ont pas d’espaces de travail adaptés à leur domicile est souvent mise en avant, cela est d’autant plus vrai à Paris. Dans ce cas-là, la réponse à ce besoin passe-t-elle nécessairement par l’ouverture des bibliothèques municipales le dimanche ? Nous n’en sommes pas persuadés » explique Emmanuelle Becker, elle-même ancienne étudiante (lire ici).

 

« Plusieurs bibliothèques nationales sont déjà ouvertes ce jour-là. Et s’il faut multiplier les ouvertures, pourquoi ne pas ouvrir les bibliothèques universitaires le dimanche ? Elles sont bien plus adaptées pour répondre à ce besoin. Mais surtout, est ce que nous allons ouvrir nos bibliothèques le dimanche pour les étudiants ou grâce aux étudiants embauchés comme vacataires ? Posons-nous la question du salariat étudiant et de son impact dévastateur sur la réussite des études comme le font les grands syndicats étudiants comme l’UNEF ». Et bim, dans les dents de Bruno Julliard justement ancien secrétaire de l’UNEF. Voilà l’ancien leader étudiant de nouveau, renvoyé à ses chères études. Par les élus de sa propre majorité cette fois.

 

Publié également sur Miroir Social

 

 

Ouverture des bibliothèques le dimanche : Julliard renvoyé à ses chères études

Ouverture des bibliothèques le dimanche à Paris : Bruno Julliard renvoyé à ses chères études par sa propre majorité municipale
Ouverture des bibliothèques le dimanche à Paris : Bruno Julliard renvoyé à ses chères études par sa propre majorité municipale

         - Mince, il va faloir que je reprenne un prêt étudiant

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29 janvier 2014 3 29 /01 /janvier /2014 08:56

 

Les bibliothèques c’est aussi un territoire, des représentations et une dimension économique


L’association Bibliothèques sans frontières a lancé une campagne de pétition et de communication rassemblant déjà des signatures prestigieuses d'écrivains et d'intellectuels pour « ouvrir plus les bibliothèques », notamment le dimanche ou le soir. Idée généreuse et à laquelle on pourrait souscrire les yeux fermés si elle n'était pas portée de telle manière (on vous laisse lire le texte de la pétition qui frôle l'agressivité et le discours anti-fonctionnaire) et surtout si elle n'était pas aussi démagogique en cette période pré-électorale. Quelques arguments essentiels dans ce débat :


-  L'augmentation des horaires peut difficilement se faire avec des moyens humains en baisse : non remplacement d'un fonctionnaire sur deux comme l'oblige la RGPP

-  Même en réorganisant les services et en ouvrant là où c'est possible, plus largement, impossible de ne pas avoir recours à des mécanismes de compensation financière (le dimanche notamment) : avec quel argent ?

-  On pourra dire : embauchons des vacataires, des étudiants, des chômeurs avec des contrats précaires. Même question : avec quel argent ? Mais surtout : avec quelles compétences, pour quel service ? L'ouverture des bibliothèques plus largement ne doit pas se faire sur le mode dégradé que nous subissons d'ailleurs suffisamment en semaine !

-  Ouvrons plus : le dimanche en particulier focalise l'attention des pétitionnaires beaucoup plus que le lundi ou la nuit. Pour l'avoir vécu, l'ouverture dominicale pose un problème de logistique et de support : en cas de panne électrique, informatique, de trouble à l'ordre public etc... à qui fait-on appel ? Ce problème est déjà pénalisant le samedi, je ne vous dis pas le dimanche... Va-t-on demander à nos DSI (Direction des Systèmes Informatiques) de venir bosser aussi le dimanche ?

 

 

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                                                                 - Bon, la panne attendra lundi

 


Ouvrons plus : mais pour quoi faire ?  A l'origine de cette demande, l'idée que les bibliothèques (parisiennes surtout, et universitaires d'autant plus) sont sursaturées et qu'en ouvrant plus on libère de l'énergie intellectuelle et créative en permettant l'accès au savoir pour tout le monde. En réalité, cette demande affiche plutôt le manque de places de travail et concerne en 1er lieu les étudiants, très mal lotis à Paris. Cette mission ne peut pas reposer uniquement sur les bibliothèques publiques dont les missions sont plus nombreuses (loisirs, culture, apprentissage)

-  Par exemple à la Médiathèque Yourcenar (Paris XVe), l'ouverture du dimanche ne permet pas de toucher d'autres publics. Du monde, oui, mais en famille. Ce sont les mêmes CSP qui fréquentent l'établissement. En semaine nous avons les enfants voire la maman le mercredi, et le dimanche, tous ensemble à la médiathèque. Croire que l'ouverture élargie peut seule permettre l'accès démocratique au savoir est illusoire, il faut prendre la question sous trois angles :


Le territoire : il est facile de comparer les très grosses bibliothèques centrales d'Amsterdam et d'Europe avec la multitude de médiathèques parisiennes. La France a choisi un maillage de bibliothèques très précis, au plus proche des populations. Cette tendance est en train de disparaître (elle a des défauts, bien évidemment) au profit de gros établissements. En supprimant le lien de proximité on "perd" les publics qui ont le plus de mal à se déplacer, à savoir les plus démunis, en favorisant les habitants des centre-villes et / ou en capacité de se déplacer facilement. Sans mécanismes hors-les-murs, cette tendance risque à terme de créer un fossé encore plus grand entre les territoires.


 

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Les représentations : bien que la bibliothèque soit reconnue pour jouer un rôle important dans la cité et même dans l'université, sa représentation par les différentes CSP est extrêmement différente. Il est évident que des établissements centraux, massifs, qui plus est fréquentés par des étudiants, peuvent "faire peur" à des populations au capital culturel plus faible. Les bibliothèques doivent travailler sur cette écart, par de la communication ciblée et des actions hors-les-murs, pour réduire cet aspect à un détail et promouvoir la lecture publique pour tous.

La dimension économique : le débat actuel se focalise sur des volumes horaires sans aborder la question des tarifs de bibliothèque. C'est pourtant un élément important pour les familles. Il n'y a que des décideurs pour ignorer cet aspect ou répéter, comme je l'entends souvent "mais 15€ pour une année, c'est rien, c'est symbolique". Non, ce débat doit être ouvert et pourquoi pas, débattu nationalement. Je ne suis pas pour autant favorable à une gratuité absolue et pour tous, mais une meilleure dose de progressivité devrait être mise en place.

Alors avant d’ouvrir plus, ouvrons mieux et soutenons la pétition mise en ligne



 

                                               Ouvrir mieux les bibliothèques: Un objectif à atteindre

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                                                           - On peut y arriver !

 

 

 

 

Lire aussi

Bibliothèques : Ouvrir plus ou ouvrir mieux ?

Recul sur la gratuité de la musique dans les bibliothèques parisiennes

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Published by Social Nec Mergitur - dans Bibliothéconomiquement Vôtre
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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 10:19

 

Après Paris, un bibliothécaire de Bretagne critique à son tour l’usage de la RFID !

 

En 2008, un système qui utilise des puces émettant des radiofréquences, la RFID, était installé dans trois bibliothèques parisiennes. Un article : « La RFID, une mauvaise idée pour Paris » avait alors mis en garde contre l’installation aveugle de cette technologie, aussi bien en terme de fonctionnalités, d’efficacité budgétaire, des éventuels effets sur la santé ou de son impact en matière d’environnement. Trois ans après, un retour d'expérience à la médiathèque Marguerite Yourcenar (XVé) avait aboutit au texte  La RFID dans les bibliothèques à Paris : Quel bilan pour quelles idées ? Un texte assez critique sur l'usage de la RFID.

 

Aujourd’hui nous publions l’article d’un bibliothécaire d’une commune bretonne de dix mille habitants qui expérimente la technologie RFID depuis quatre ans. Un bilan qui n’est pas sans rappeler les critiques faites à Paris. Alors la RFID une mauvaise idée pour Paris mais aussi pour le reste du territoire ? Pour en juger, voici le texte intégral.

 

 

 

                    rfid pour ou contre

 

 

RFID & Médiathèque : Bilan à l'usage des élus et des professionnels du livre

 

« La RFID est en passe de devenir un sujet majeur en matière de santé/environnement. L’avis de l’AFSSET confirme notre position : en présence d’une nouvelle technologie comme la RFID, il vaut mieux prévenir que guérir ! Le rapport de l’AFSSET met en évidence la nécessité d’expertise et de recherches sur les risques sanitaires, environnementaux et éthiques liés à la RFID. » José Cambou, président de France Nature Environnement.

 

Ce bilan est le produit d'une expérience vécue entre 2007 et 2012 dans une bibliothèque qui propose 23 000 documents dans une ville de 10 000 habitants, avec 5 ETP (Equivalent Temps plein). Il y a quelques années notre structure est devenue médiathèque et les élus municipaux avaient fait le choix dès 2007 de passer à la RFID pour son agrandissement.

 

Au départ, parmi les agents, personne n'était ni pour ni contre cette technologie. Un peu dubitatifs sur l'intérêt réel, nous pensions que le résultat ne pouvait être que positif compte tenu de l'argent dépensé et sachant que les grandes bibliothèques de la région s'équipaient avec ce dispositif. En outre, les différents représentants commerciaux nous avaient convaincu que cette technologie était réellement avantageuse : gain de temps à la banque de prêt et lors du récolement.

 

Après plusieurs années de dysfonctionnement et de résultats peu probants, nous avons voulu reposer la question de la pertinence de ce dispositif au sein de l'équipement. A la base, nos interrogations étaient seulement professionnelles, mais nous avons constaté que la technologie RFID posait aussi des questions d'ordre sanitaire, éthique et écologique. Ces aspects méritent, selon nous, d’être portés à la connaissance des professionnels des bibliothèques et des élus politiques. C’est l’objet de ce bilan.

 

1 - Qu'est-ce que la radio-identification ? Pour commencer, définissons le sujet qui nous occupe. La radio-identification plus souvent désignée par le sigle RFID (de l’anglais Radio Frequency IDentification) est une méthode pour mémoriser et récupérer des données à distance en utilisant des marqueurs appelés « radio-étiquettes » (« RFID tag » ou «  RFID transponder » en anglais). Les radio-étiquettes sont de petits objets, tels que des étiquettes autoadhésives, qui peuvent être collés ou incorporés dans des objets ou produits et même implantés dans des organismes vivants (animaux, corps humain). Les radio-étiquettes comprennent une antenne associée à une puce électronique qui leur permet de recevoir et de répondre aux requêtes radio émises depuis l’émetteur-récepteur. Ces puces électroniques contiennent un identifiant et éventuellement des données complémentaires.

 

Cette technologie d’identification peut être utilisée pour identifier : les objets, comme avec un code à barres (on parle alors d’étiquette électronique) ; les personnes, en étant intégrée dans les passeports, carte de transport, carte de paiement (on parle alors de carte sans contact) ;  les carnivores domestiques (chats, chiens et furets) dont l'identification RFID est obligatoire dans de nombreux pays, en étant implantée sous la peau. C'est également le cas de manière non obligatoire pour d'autres animaux de compagnie ou d'élevage (on parle alors de puce sous-cutanée).

 

 

                   dossier rfid gene

 

 

2 - Aspects techniques Maintenant que la définition générale a été posée, voyons ce qu'il en est plus particulièrement des bibliothèques. En ce qui nous concerne, nous avons rencontré plusieurs représentants commerciaux à l'occasion du marché public qui nous ont tous présenté la RFID sous le seul angle positif. Leur discours est très bien rôdé et ils savent raconter aux bibliothécaires ce que ces derniers souhaitent entendre. Après plusieurs années d'utilisation, nous avons constaté un écart entre les arguments de vente et la pratique réelle. Voici la liste de ces écarts.

 

A)  L'argument du gain de temps. A la banque de prêts : la plaque est censée lire une pile de documents assez importante (les démonstrations ont été faites avec des piles de six à dix documents), ce qui lui confère un avantage sérieux par rapport au code-barres.

 

Dans la pratique, il existe de nombreuses exceptions empêchant une lecture simple et fluide d'une pile de plusieurs documents : les coffrets CD et DVD contenant plusieurs documents ; les boîtiers métalliques ; les erreurs de lecture ; les messages associés au document (abîmé ou réservé par exemple) ou au lecteur (en retard ou ayant oublié ses lunettes lors de sa dernière visite) bloquent la lecture de la pile sur un document et oblige à le rechercher pour traiter le message.

 

Pour une lecture simple et fluide, nous passons deux à trois documents maximum à la fois, ce qui ne représente plus vraiment un avantage déterminant. En outre, si le code-barres n'est plus à cibler avec la douchette, il faut quand même manipuler cette dernière pour lire le code-barres sur la carte du lecteur.

 

Lors de la manipulation des coffrets multimédia. La RFID n'empêche pas l'ouverture pour vérification des coffrets de CD et DVD. Comme les puces coûtent chères, de nombreuses médiathèques placent des leurres (un autocollant sans puce) pour faire croire que tous les documents sont protégés. Il faut donc s'assurer de la présence du CD ou DVD non équipé dans le coffret. De plus, le personnel ne connaissant pas par cœur les coffrets contenant 2 ou 3 disques, tous doivent être ouverts.

 

Lors du récolement : durant l'opération un lecteur portable est censé lire toutes les puces d'un simple balayage de l'étagère. Dans la pratique, il faut retirer chaque document de l'étagère et le scanner avec le lecteur portable.

 

Les « oublis » : la RFID oblige à des opérations chronophages que les vendeurs omettent de préciser lors de la présentation. C'est le cas avec les puces RFID implantées sur les magazines. Celles-ci ont une durée d'utilité réduite : la plupart des magazines deviennent obsolètes rapidement, les bibliothèques municipales n'ont pas de vocation archivistique et la place dans les casiers est limitée. Deux solutions existent alors, soit les puces sont récupérées sur les magazines pour être réutilisées, mais cela prend du temps (compter 1h pour une centaine de magazines) ; soit elles sont brûlées avec le périodique (qui ne peut plus partir au tri papier des déchets).

 

Autre perte de temps cachée, le traitement des informations courantes dû à l'utilisation de l'automate. Une partie des opérations qui se faisaient au contact du lecteur doit se faire « en interne ». C'est le cas par exemple lorsqu'un document est abîmé et retourné avec l'automate, le personnel ne pouvant pas s'en rendre compte lors du retour doit prévenir l'abonné ultérieurement.

 

B)  L'évolution « naturelle » des choses.  La technologie RFID est souvent présentée comme un outil qui vient « naturellement » remplacer le vieux code-barres. L'argument est d'autant plus efficace que nous sommes habitués à concevoir les transformations technologiques de cette manière.

 

Or, il apparaît peu probable de supprimer complètement douchettes et codes-barres dans les petites et moyennes bibliothèques Il existera toujours un besoin ou une difficulté qui fera des douchettes une nécessité.

 

C'est le cas notamment avec les livres du club de lecture prêtés par des membres du club pour quelques semaines : la puce étant impossible à enlever sans abîmer le livre, on utilise le code-barres commercial. Il existe d'autres exemples : une bibliothèque annexe qui n'est pas équipée avec la RFID, mais dont les livres circulent dans la médiathèque tête de réseau ; des livres prêtés par la bibliothèque départementale ; la douchette pour lire les cartes de lecteur qui ne fonctionnent pas avec la RFID ; les quotidiens qui demanderaient trop de temps à gérer avec des puces, etc.

 

Conclusion : la RFID, dans les petites et moyennes médiathèques ne peut pas remplacer complètement le système des codes-barre

 

 

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                                     Même avec la RFID vous n'échapperez pas au code-barre

 

 

C)  L'argument d'une meilleure répartition du personnel.  Un des arguments clef des promoteurs de la RFID est le redéploiement du personnel vers des tâches moins répétitives comme le renseignement au public. Il s'agit là de l'argument massue visant à flatter les professionnels préférant se percevoir comme des phares face à une production culturelle pléthorique, plutôt que comme des caissiers de supermarché (ce qui est fort légitime).

 

Seulement, la plupart des structures répartissent déjà le nombre d'agents en fonction des pics de fréquentation. L'automate de prêt ne dégagera pas un agent sur un créneau mais allégera la fréquentation à la banque de prêt. S'il faut un agent pour le prêt de 10h00 à 12h00, il en faudra toujours un avec un automate de prêt, mais celui-ci verra moins de lecteurs. L'agent affecté à la banque de prêt sera plus disponible pour ceux qui viennent le voir, mais il ne faut pas croire que de nouveaux créneaux seront ouverts pour le travail en interne (sauf à supposer une organisation préalablement chaotique).

 

Et si l'on pousse la logique de l'automatisation jusqu'à son paroxysme, l'automate de prêt peut même constituer une rupture avec le public, car ce dernier n'est plus tenu de passer devant le personnel. La banque de prêt avec un bibliothécaire est un moyen facile et naturel de provoquer des liens, des questions, des discussions... ce qui enrichira d'autant plus le fonctionnement et les acquisitions futures grâce à une meilleure connaissance des publics.

 

D)  L'argument de la sécurité.  La RFID à la différence du code-barres permet de mettre en place un système antivol. Cependant, si le portique antivol se justifie peut-être dans les grandes structures, ce n'est pas le cas dans les établissements plus modestes et cela pour deux raisons.

 

- L'aspect humain des petites structures : les utilisateurs sont connus et reconnus et ne peuvent profiter des lieux « anonymement ». Se faire attraper pour vol serait donc synonyme de « honte » empêchant de revenir sereinement dans le lieu.

 

- Le coût du portique étant élevé (il faut compter plusieurs milliers d'euros), il faudrait se faire voler un grand nombre d'ouvrages pour que ce coût soit amorti. Et si cela devait arriver au bout de plusieurs années, on s'entendra dire qu'il faut remplacer le vieux portique par un nouveau modèle plus puissant, encore plus sûr...

 

E)  La compatibilité technique ?   Dans la médiathèque où nous travaillons, la plaque permettant d’effectuer les transactions retour à la banque de prêt ne fonctionne pas, à la différence de la plaque pour les transactions de prêts.

 

Concrètement, notre SIGB est opérationnel avec du matériel qui n'est pas celui proposé par le vendeur de notre solution RFID, mais par un de ses concurrents. Les deux entreprises (SIGB et RFID) se renvoient la responsabilité de cette défaillance depuis trois ans. En attendant, c'est la médiathèque qui est amputée de sa plaque retour depuis l'ouverture de la nouvelle structure.

 

Nous n'avons aujourd'hui aucune visibilité sur une réparation éventuelle malgré les nombreuses demandes du responsable de la structure. Comme personne n'est en mesure de nous fournir des explications claires, on peut penser que de telles difficultés peuvent survenir demain dans n'importe quelle bibliothèque.

 

 

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3 - Des questions sociétales.  L’utilisation d’une nouvelle technologie n’EST pas seulement qu’une question de technique. Les conséquences sanitaires, éthiques ou environnementales ne peuvent êtres évacuées.

 

A)  Aspects sanitaires.  Il n’existe pas de preuve de la dangerosité de la technologie RFID, de même qu’il n’existe pas de preuve de son innocuité. « En l’état actuel des connaissances, aucun risque sanitaire lié aux systèmes d'identification par radiofréquences (RFID) n’a pu être identifié, toutefois les ondes électromagnétiques sont classées « cancérigènes possibles » (catégorie 2B) par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ).

 

Très peu d’études ont été conduites sur les impacts du RFID sur la santé, aussi l’Afsset, dans un rapport d’expertise publié lundi 2 février 2009, recommande des mesures de prévention pour les travailleurs, et préconise la poursuite de la veille scientifique sur les effets biologiques des rayonnements des RFID »

 

Les plaques RFID (lecteur de puce) génèrent des ondes. Dans le cas des banques de prêt en médiathèque, elles sont situées à quelques dizaines de centimètres des parties génitales des agents Le cas d'une exposition rapprochée est abordée par l'Afsset. L'agence « explique que du fait des faibles distances entre un utilisateur et la technologie, son exposition répétitive en milieu professionnel peut être « non-négligeable ». Une position prudente mais qui a le mérite de noter que les valeurs limites d’exposition n'ont pas été revues depuis 1998 »

 

Précisons également que les personnes sensibles aux ondes (sensibilité électromagnétique) seront impactées par le développement des ondes RFID Si cette pathologie est difficile à apprécier, on ne peut exclure des désagréments pour certains lecteurs.

 

N’est-il pas paradoxal de faire des efforts pour permettre une meilleure accessibilité des personnes à mobilité réduite ou malvoyantes à la médiathèque et d’installer des dispositifs contraignant pour les personnes électro-sensibles ?

 

B)  Aspects éthiques.  De nombreuses associations alertent l’opinion publique depuis plusieurs années sur les menaces que fait peser la RFID sur le respect de la vie privée.

 

La CNIL dans son rapport annuel du 16 mai 2008 s'inquiète des risques de traçabilité des individus qui n'ont pas accès à leurs données : « le maillage dense de milliers d’objets qui entoureront une personne pourra ainsi être analysé, de façon permanente (le potentiel de rayonnement d’un RFID est illimité dans le temps car aucune batterie n’est nécessaire), permettant potentiellement le « profilage » des individus, elles font peser sur les individus un risque particulier »

 

 

                             496 uklpfront

 

 

C)  Aspects environnementaux .  D'où viennent les puces ? « Le chiffre d’affaire du marché affiche cette année une progression à deux chiffres, avec un quasi monopole de production en Chine ». L’empreinte carbone de cette technologie est lourde puisqu’elle arrive de l’autre bout du monde. A cela il faut ajouter la provenance de ses matériaux de fabrication.

 

Comment sont fabriquées les puces ? Sont-elles recyclées ? « Fabriquée à partir de silicium, d’argent, de plastique et de cuivre, la puce RFID n’est pas la meilleure candidate au recyclage. De nature à être jetée si elle est utilisée dans la supply chain [gestion de la chaîne logistique] (40% du marché), cette puce n’est soumise à aucun dispositif de recyclage. Or, cette problématique est littéralement passée sous silence. Par exemple, L’AFSSET (Agence Française de Sécurité Sanitaire de l’Environnement), qui a publié en janvier 2009 un rapport de 159 pages sur la RFID, n’y consacre même pas une ligne ! »

 

Quel impact sur l'environnement ? De part sa production en masse (millier de milliards), l'absence de dispositif de recyclage et sa taille pouvant être extrêmement réduite, la dissémination massive dans la nature paraît envisageable. Les puces non disséminées sont brûlées, ce qui n'est pas sans générer des pollutions atmosphériques non négligeable.   

 

 

                                 storm-thorgerson-album-cover-art-11
   

                  

4 - L’intérêt global.  Tout à la fois marginale et centrale, la RFID est révélatrice des problématiques de notre époque. La RFID peut séduire car elle incarne dans l’inconscient collectif la « magie » technologique. D’un autre côté, sachant que cette technologie ne permet pas d'amélioration globale du service à la population, c’est peut-être le respect de l’environnement qui devrait primer sur ces considérations fantasmatiques.

 

L’équipe de techniciens que nous sommes ne nie pas l’intérêt pratique de la technologie RFID dans certaines structures, mais nous disons que cet équipement est définitivement inadapté aux petites et moyennes structures. Il est illusoire d'imaginer une  technologie applicable partout, en tout lieu et à tout le monde.

 

Parce que le possible n’implique en rien le souhaitable, nous voulions partager notre expérience avec vous. S'il revient à chaque médiathèque de décider d'installer le dispositif RFID ou pas, nous avons constaté un réel manque d'information critique à ce sujet, la production du discours ne revenant quasiment exclusivement qu'aux industriels. Nous espérons que ces quelques pages apporteront des éléments utiles pour nourrir un débat nécessaire.

 

Voir aussi les annexes dans la rubrique "commentaires"

Pour prendre contact avec l'auteur: jean-petit@Safe-mail.net

 

 

 

  One  

  RFID: Des questions sanitaires, éthiques et écologiques

 

 

 

Lire aussi

La RFID dans les bibliothèques à Paris : Quel bilan pour quelles idées ?

Paris : Vers la fin de la bibliothèque pour tous ?

La RFID, une mauvaise idée à la Ville de Paris

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Bornes automatiques, puces RFID, livres numériques … Bienvenue dans la bibliothèque du XXIème siècle !

 

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12 septembre 2012 3 12 /09 /septembre /2012 09:05

 

 

Pour privilégier un public, la Ville de Paris va-t-elle en exclure tous les autres ? 

 

Les bibliothèques, c’est un fait, subissent de plein fouet l’apparition des nouvelles technologies et la dématérialisation des supports. Pour certains professionnels, cette révolution numérique qui est loin d’être terminée, remet en cause, sinon leur existence même, du moins l’usage et la destination du lieu.

 

Comment les bibliothèques peuvent-elles répondre à ce défi si l’on a plus besoin de s’y rendre, et que l’on peut tout consulter à distance ? Doit-on segmenter ou privilégier des publics ? Présenter des collections plus ludiques ? Transformer la bibliothèque en « lieu de vie » ? C’est, semble t-il, les réponses que tente d’apporter la Mairie de Paris avec l’inauguration en 2015 de la future bibliothèque du Forum des Halles (1er arrondissement) baptisée pour le moment « Canopée ».

 

Cet espace serait dédié à un seul type d’usager : « la génération Y » ou les « digital natives » selon le jargon consacré. Et les autres, ceux de la génération W, XXX ou β : où iront-ils ? Peut-on les exclure d’un projet aussi central ? Cette expérience, si elle est menée à terme, signe peut-être l’abandon du concept de « bibliothèque pour tous ».

 

 

 

                                         Paris: Vision du Forum des Halles en 2015

             viewmultimediadocument

                                              La future bibliothèque devrait se trouver quelque part par là !

 


1. Le lectorat rejoindra-t-il l’électorat ?   Selon la Mairie de Paris « la future  bibliothèque de la Canopée vise à répondre aux demandes et usages d’un public de jeunes adultes (« Génération Y » ou « Digital natives ») avec une activité d’animation importante (actions culturelles mais aussi ateliers divers liés au numérique), une salle modulable selon les besoins et une animation de communauté sur Internet ».  Mais qu’elle est donc cette génération Y ?

   

C’est une génération qui a grandi dans un monde où l'ordinateur personnel, le jeu vidéo et Internet sont devenus de plus en plus importants, accessibles partout et qui en maitrisent tous les usages. Toutefois cette particularité n’est pas suffisante en soit pour justifier qu’une bibliothèque lui soit exclusivement dédiée. D’autant que la notion de génération n’est consensuelle qu’en démographie et que le lien entre appartenance générationnelle et comportements est controversé au sein de la communauté des sciences sociales. En effet, il est excessif d’attribuer systématiquement un comportement et des habitudes socio-techniques à une tranche d’âge donnée, qui plus est la tranche des jeunes dont l’hétérogénéité est particulièrement forte tant sur le point social que culturel.

 

Si l’on considère que la « génération Y » est constituée de personnes nées approximativement entre 1980 et 2000, difficile de conclure à des attentes identiques de 14 ans à 34 ans !

 

En quoi une génération dont le seul point commun serait l’usage des nouvelles technologies constitue un seul et même bloc ? Et quand bien même, pourquoi réduire cette génération à son seul dénominateur commun ? Pourquoi tenter d’isoler un public par nature très mouvant et dont les centres d’intérêts sont également très variables ? A ces interrogations la Ville de Paris n’apporte pas de réponse.

 

A moins qu’un premier tri ne soit déjà fait pour se focaliser sur un public de « jeunes adultes » (20-35) ans selon les termes même de la municipalité ? Tous, bien sur, avec le même profil sociologique ?

 

Il est vrai que la situation géographique de la bibliothèque en plein centre de la capitale, dans un quartier où le prix de l’immobilier a explosé, permet à la Mairie de faire le pari de toucher une cible homogène. Ainsi, le (jeune) lectorat rejoindrait l’électorat. Mais quid des très nombreux franciliens qui passent chaque jour aux Halles ? Car pour eux, c’est de nouveau l’exclusion…

 

                         Rush-2112-2

                                                              Beaucoup de questions sans réponse !


 

2. De la bibliothèque à la ludothèque ?   Pour ce nouveau lectorat, cette nouvelle bibliothèque doit inventer de nouvelles offres. « La bibliothèque, de manière générale, offrira des collections d’actualité, avec un fort taux de renouvellement et selon une présentation favorisant la découverte et la lecture confortable et détendue. Elle inclura aussi un grand nombre de revues et de postes Internet et multimédia. » Dixit la Mairie de Paris.

  

C’est donc décidé, la bibliothèque ne doit plus être l’occasion de découvrir ou d’acquérir une certaine culture, elle ne doit offrir dans le cas présent que des « collections d’actualité ». Hors du temps présent point de salut semble t-il. C’est la disparition de la « bibliothèque encyclopédique » qui se dessine. La BnF qui incarnait cet esprit au plus haut niveau, voit elle aussi disparaître des dizaines de milliers de livres de ses rayonnages (lire ici).

  

Or, si on parcourt le Manifeste de la Fédération Internationale des Bibliothécaires,l’IFLA on peut y lire : « La bibliothèque publique doit répondre aux besoins de tous les groupes d’âge.[…] Elle doit être à la fois reflet des tendances du moment et de l’évolution de la société, et mémoire de l’entreprise et de l’imagination humaines. » 


C’est également le sort réservé à la bibliothèque Goutte d’Or (18ème). Elle va connaître un réaménagement où l’on a pensé les flux du public pour favoriser la rotation des documents dont on estime qu’ils doivent sortir le plus rapidement et reléguer en fond de bâtiment les collections considérées comme les plus difficiles d’accès. Un peu comme dans hypermarché, avec ses têtes de gondole et ses promotions !

 

Le public n’adhère pas forcement à la vision de la bibliothèque du Futur que défend Paris si l’on en croit l’étude américaine « Perceptions of Libraries and Information Resources », portant sur les perceptions et les comportements du grand public vis-à-vis des bibliothèques et des sources d’information. La perception de la bibliothèque comme lieu de référence du savoir livresque est toujours aussi tenace : En 2005, la plupart des Américains (69 %) associe le terme "livre" à celui de "bibliothèque"; en 2010, ils sont 75 %. Ce grand public il est vrai ne correspond pas forcément à celui dont rêve la Mairie de Paris.

En plus d’être ludique la nouvelle bibliothèque doit d’être numérique puisque « Elle inclura aussi un grand nombre de postes Internet et multimédia. »  Mais est on sûr que l’installation massive de postes internet et multimédia, instruments bientôt obsolètes selon certains, est le seul horizon indépassable des bibliothèques ?  

La connexion massive à Internet à partir de postes informatiques de la bibliothèque ou de manière plus étonnante à partir de connexion Wifi n’est elle pas paradoxale ? Si c’est bien la dématérialisation de l’information qui remet en cause le lieu physique qu’est la bibliothèque, pourquoi s’y rendre pour consulter Internet alors que l’on peut le faire de n’importe où, et surtout de chez soi ?

C’est le paradoxe du connecté : un nomade tellement peu mobile qu’il doit venir à la bibliothèque qui n’est pourtant pas spécialement un lieu de passage (au contraire d’une gare ou d’un aéroport) pour se connecter, en réalité pour se fournir gratuitement en électricité, pour recharger son téléphone et faire marcher son ordinateur portable. Ce qui n’est en principe pas l’objectif d’un service public. D’autant que rien n’est fait par ailleurs à Paris pour réduire les inégalités liées à la « fracture numérique ». Dans la capitale, assurément, le social et le culturel ne font pas bon ménage  

                      496 secretsociety cd front

                                                          Au service exclusif d'un certain public ?

 

                                         

3. La bibliothèque, un nouveau lieu de vie au service exclusif d’un certain public ?  La réalité c’est que la mairie de Paris veut élargir le champ des concepts de la bibliothèque du futur en y intégrant la notion de cohabitation des publics.

 

Celle du Forum des Halles « compte tenu de son environnement sera fondée sur la cohabitation des publics et des espaces, « espaces froids » pour les publics en quête de silence  et « espaces chauds » plus conviviaux. » insiste la municipalité parisienne

 

Elle s’inscrit en ce sens dans un courant de pensée de plus en plus développé qui laisse à croire que les bibliothèques ne sont aujourd'hui fréquentées que par une majorité d'usagers ne s'intéressant non pas aux collections, mais cherchant un espace convivial - un lieu à vivre : c'est le concept de la bibliothèque "troisième lieu". Ce concept n’est d’ailleurs guère éloigné de celui de « lieu de vie » développé par certaines enseignes commerciales. (Lire ici l'article publié par "marketing.fr" ) 

   

Pour les défenseurs du troisième lieu vouloir continuer à travailler sur le modèle traditionnel de la bibliothèque encyclopédique, sans s'apercevoir que les pratiques de la lecture ne sont plus les mêmes qu'il y a trente ans, c'est refuser les réalités et l'évolution du monde extérieur.

 

Pour être digne de ce « troisième lieu » les bibliothèques doivent donc s’adapter et privilégier des collections ludiques (guide de voyage notamment), avoir une cafétéria en son sein, des endroits pour consommer, téléphoner, d’où l’idée « d’espace chaud » qui avait suscité la réaction de la CGT des affaires culturelles. Lire ici son texte intitulé «une bibliothèque qui souflera le chaud et le froid" .

 

La Mairie de Paris pense également à développer la réservation et la livraison à domicile des livres par internet comme si une bibliothèque se réduisait à une simple filiale d’Amazon. Mais comment caser dans 1 000 m² une cafétéria, un cyber café, un salon de lecture, des tables de travail, des bornes de recharge pour PC et portable et… des livres ?

 

Du « service public » au « service aux publics » et maintenant au « service exclusif d’un certain public », est-ce l’évolution souhaitable de la lecture publique à Paris ? Pas sûr que les bibliothécaires et les usagers y gagnent. Surtout que dans le même temps on observe une baisse continue des budgets d’acquisition, et qu’on sent poindre la volonté de fermer une partie des « petites bibliothèques » de proximité.

 

 

                        Rennes-Mammouth-1973-09

                                                              Le "troisième lieu" !


 

4. La bibliothèque pour tous ou la bibliothèque pour chacun ?  Si le projet de cette nouvelle bibliothèque du Forum des Halles, qui cible très clairement une frange supposée (et idéalisée ?) de la population en en excluant de facto une large partie était vraiment mis en œuvre, ce serait sans aucun doute le premier pas de la remise en cause de la bibliothèque pour tous.

 

On ne peut pas réduire un public à une simple appartenance générationnelle ou communautaire, ou alors il faut également des bibliothèques pour séniors, pour jeunes bretons et vieux corses et inversement. On passerait alors de la bibliothèque pour tous à la bibliothèque pour chacun, selon un mot d’ordre en vogue dans les milieux culturels ? (Lire ici une mémoire sur ce sujet publié par l'ENSSIB)

 

Il semble plutôt que ce projet ne réponde qu’à une volonté d’affichage électoral pour faire oublier les difficultés que rencontrent les professionnels ainsi que les usagers des bibliothèques parisiennes. Car aujourd’hui, si Paris est bien la Capitale de la France, elle a perdu depuis longtemps son rôle moteur dans l’innovation bibliothéconomique et l’excellence culturelle. Les grandes métropoles telles que Bordeaux, Lille, Lyon ou Toulouse pourraient donner des leçons d’humilité aux responsables du projet de la Canopée…

 

Il est toujours possible que la création de cette future « bibliothèque métropolitaine » qui s’insère dans le projet pharaonique de rénovation du Forum des Halles » (autour d’un milliard d’euros) ne se réduise finalement qu’à un simple cyber-café, amélioré de « collections d’actualité » histoire de justifier ce gaspillage d’argent public. 

 

Rappelons que la Mairie de Paris s’était engagée lors de la création de la BPI au centre Pompidou, à construire parallèlement une grande bibliothèque publique, sur le modèle des bibliothèques centrales métropolitaines, afin de fédérer réellement un réseau de bibliothèques de proximité. Cela aurait eu l’avantage de mieux servir le territoire et ses usagers, de répondre à une demande croissante d’un grand espace central et de développer par la suite des unités de quartier, plus ou moins spécialisées, sans renoncer ni à l’encyclopédisme des collections ni à la convivialité tout en répondant aux défis de l’ère numérique.


Maintenant, si la Canopée est le futur de la bibliothèque alors ce futur est bien peu ambitieux…


 

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                                              Un futur bien peu ambitieux

  

 

 

 

Lire aussi:

La RFID dans les bibliothèques à Paris : Quel bilan pour quelles idées ?

Bientôt moins de livres en bibliothèques ?

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28 août 2012 2 28 /08 /août /2012 09:00

 

ActuaLitté : Le 9 août 2012

 

Mais à Paris, elles sont toujours inutiles pour les inventaires !

 

La technologie RFID (Radio Frequency IDentification), adoptée pour le prêt en bibliothèque, continue de trouver des adeptes après son lancement à Paris en 2008. Bien que son efficacité ait été alors largement remise en doute à l'époque par les bibliothécaires parisiens (notre actualitté), la puce électronique permettant de faciliter le prêt, l'inventaire et la gestion des ouvrages, semblerait connaître de meilleurs auspices.

 

Les puces électroniques RFID sont une méthode pour mémoriser et récupérer des données à distance en utilisant des marqueurs appelés « radio-étiquettes » que l'on applique sur les ouvrages dans le cadre des bibliothèques. Mais la révolution annoncée par cette nouvelle technologie en avait finalement déçu plus d'un, tant le système semblait gêner la gestion des ouvrages plus que de la faciliter, arrivant à un moment de crise où tous les fonctionnaires n'étaient pas forcément remplacés. Vue d'un mauvais œil, perçue comme un moyen de prendre le pas sur le personnel, la RFID en bibliothèque a connue des heures sombres.

 

Pourtant, le concept est aujourd'hui de plus en plus intégré à la société et semble bien fonctionner. En temps qu'usager de la bibliothèque Marguerite Yourcenar dans le 15e, à Paris, les bornes de prêt automatisé ne présentent pas de dysfonctionnements majeurs à ce jour et les modalités restent très simple : présenter sa carte d'abonné puis son livre dans le carré indiqué, l'ouvrage est immédiatement scanné et ajouté à votre carte, avec une possibilité d'annulation. Fini les longues files d'attentes. Evidemment, un contact avec le personnel se perd lors de l'opération mécanique, mais ceux-ci restent toujours présents (et normalement davantage) pour une quelconque demande d'information.

 

Alors, où en est désormais la RFID ?

 

Plus vraiment de nouvelles de la technologie « moderne » si avancée sur les sites qui débattaient alors de son efficacité. Néanmoins, on remarque qu'elle continue d'être choisie :

 

A partir de la rentrée de septembre, les entrées et les sorties de documents, à la bibliothèque de Saint-Omer, seront confiées à ce système de puces électroniques. La récente rénovation de la Bibliothèque Universitaire de Droit-Lettres, sur Saint-Martin-d'Hères, mène une petite avancée technologique : « une puce RFID a été implantée dans tous les ouvrages, permettant ainsi de simplifier les opérations de prêt ».

 

                                   DSCF9578

 

Commentaire de Social Nec Mergitur :  A noter toutefois, qu’à Paris du moins, les inventaires ne sont en rien « facilités » par cette technologie, car les documents équipés de puce RFID sont toujours identifiés un à un par lecture de chaque code-barre.  Et oui, dans les bibliothèques parisiennes les documents sont équipés à la fois de puces RFID et ….de codes-barres ! Belle avancée technologique (et budgétaire) n'est ce pas ?


Pour ce qui est en revanche de l’organisation du travail (double équipement), ce n’est pas non plus un progrès. « Si l’on prend la chaîne du livre depuis son acquisition jusqu’au désherbage on se rend compte que la RFID ne fait qu’ajouter une ou plusieurs opérations là où elle nous est présentée comme la possibilité de dégager du temps pour renseigner les lecteurs. » écrivions nous dans notre article bilan.


D’un point de vue environnemental ce n’est guère mieux « Contrairement aux codes-barres qui sont quasiment inusables, les puces sont très fragiles : au moindre pli, le signal est rompu. Les puces pour CD et DVD ont durée de vie très faible, de l’ordre de 3 à 5 ans maximum.  Enfin, le recyclage de ces éléments métallique et toxique (présence d’un circuit intégré) n’a jamais été pensé mais il est évident qu’une puce est beaucoup plus nocive qu’un simple autocollant imprimé. »

 

Lire l’article de « ActualIité »

 

 

                             codebarre3 jpg

                             Paris: Malgré la RFID, le code-barre se fraye toujours un chemin !

 

 

Lire aussi

La RFID dans les bibliothèques : Une technologie qui pose des questions d'ordre sanitaire, éthique et écologique.

Des puces RFID pour surveiller les enfants d'une crèche parisienne

La RFID dans les bibliothèques à Paris : Quel bilan pour quelles idées ?

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18 août 2012 6 18 /08 /août /2012 11:12

 

Décalé et inventif, " Ciel, ma bibliothèque ! " un nouveau blog sur le quotidien des bibliothèques !

 

Inauguré il y a quelques jours, le blog « Ciel, ma bibliothèque »  offre des illustrations animées du quotidien des bibliothèques

 

Par exemple, savez vous comment ça se passe quand le SIGB tombe en panne pendant le service public ? Non ? Alors, cliquez là.  Visiblement les animateurs du blog ont été fortement inspirés par l’actualité récente des bibliothèques parisiennes. 

  

Les bibliothécaires parisiens se reconnaitront également sans peine dans cette vignette avec les nombreux projets d'etablissements qu'on leur propose de mettre en oeuvre. Pour en savoir plus, lire là.

 

Social nec mergitur se réjouit que ce nouveau site accepte toutes les contributions extérieures même si avec beaucoup d'humour le webmaster affirme appliquer une censure toute salutaire en affirmant « si les soumissions sont ouvertes à tous. Comme tous les autres billets, ceux proposés par des non-membres-de-l’équipe-originelle seront publiés de manière anonyme. Ici comme partout l’arbitraire règne et nous choisissons nous-mêmes ce qui sera publié ou pas selon des critères connus de nous seuls. ». Alors, à vos gifs animés.

 

En tout cas nous pouvons annoncer que « Ciel, ma bibliothèque » bénéficie d’ors et déjà du haut patronage de l’ancien Maire de Paris.

     

 

 

                                                                      Ciel ! Ma femme !

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                " Alors, mon ami. Je vois que vous vous êtes précipité sur les nouvelles acquisitions ! "

                          " Oui, et ici, en plus du prêt, on a droit à deux renouvellements ! "

 

 

 

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11 avril 2012 3 11 /04 /avril /2012 17:00

 

Livre Hebdo : Le 11 avril 2012

 

De vifs échanges entre le directeur de la BPI, Patrick Bazin et une conservatrice de la BnF, Bénédicte Hamon.

 

La tendance à diminuer les collections fait débat. En témoignent les échanges entre Patrick Bazin, directeur de la BPI, et Bénédicte Hamon, conservatrice à la BNF.

 

Moins de collections, plus de place pour les usagers: cette tendance actuelle dans les bibliothèques n'est pas sans susciter des débats, notamment dans les plus gros établissements. La question a été soulevée par Bénédicte Hamon, conservatrice et élue du personnel au Conseil scientifique de la BNF, lors de notre forum Livres Hebdo « Quelle politique pour le livre ? », le 16 février. Prenant la parole face aux représentants des candidats à la présidentielle, elle déclarait, évoquant la BNF, la BPI et la bibliothèque universitaire de Nanterre: « nous sommes très nombreux à constater des baisses des crédits d'acquisition qui s'accompagnent de projets assez dangereux de réduction des collections accessibles à tous. »

 

Interpellé, Patrick Bazin, directeur de la BPI, lui a répondu dans une tribune publiée dans nos colonnes le 16 mars. « Notre projet vise, au contraire, à valoriser l'offre de livres papier dont nous pensons qu'elle a toujours plus d'avenir que le livre numérique. [...] Nous allons nous efforcer de redonner davantage de lisibilité, d'ouverture et de vie aux collections de cette bibliothèque, d'une part en les ramenant progressivement à leur périmètre originel et, d'autre part, en les revisitant (et non pas en les réduisant), à hauteur d'environ 20%, dans le sens d'une plus grande diversité ».

 

Bénédicte Hamon développe ses arguments dans un courrier envoyé à Livres Hebdo  : «A la BPI, il est prévu de réduire la volumétrie d'imprimés (10% pour les monographies, 50% pour les périodiques) au détriment de la profondeur de collection et de revoir le contenu de 20% de l'offre documentaire que vous jugez trop "spécialisée", le tout au profit d'une offre centrée sur les "loisirs" et la "documentation pratique" et d'un "réaménagement" des espaces. »

 

Lire l'aricle de Livre Hebdo

 

Lire les arguments de Bénédicte Hamon, dans la rubrique "commentaire"

 

Lire également sur le même sujet l'article de "ActuaLitté"


 

                       247738_la-bibliotheque-nationale-de-france-bnf-le-2-juillet.jpg

                                      BnF: Une politique qui penche dans le mauvais sens ?

 

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 10:06

 

La société "Infor" est (fortement) mécontente de notre article sur les pannes informatiques dans les bibliothèques parisiennes !

 

A la suite d'un article paru le 20 février sur ce blog et concernant les dysfonctionnements récurrents du logiciel de bibliothèque V.Smart installé dans les bibliothèques parisiennes, la société "Infor", qui était citée parmi les responsables de ces problèmes, nous a écrit pour nous signaler son mécontentement (le nom et l'adresse mail du responsable d'Infor ont été volontairement  dissimulés par nos soins). Voici le contenu de son courriel :

 

                                                                 

                                                                    "Infor", c'est plus fort que toi !

                                                 infor 4

                                                                         " Et bien plus fort que moi ! "

 



De: noreply@over-blog.com
Objet: report d'abus sur le blog : Social Nec Mergitur
À: socialnecmergitur@yahoo.fr
Date: Mardi 13 mars 2012, 8h19

13/03/2012 08:19:12
> report d'abus sur le blog : Social Nec Mergitur

Bonjour,
Un visiteur de votre blog Social Nec Mergitur vient de reporter un contenu abusif sur les pages dont vous avez la responsabilité.
Voici son message et ses coordonnées.

  • nom et prénom :***
  • email : ***@infor.com
  • description : http://parisculturesociale.over-blog.com/article-les-bibliotheques-de-la-ville-de-paris-tournent-au-ralenti-99523862.html Cet article porte un grave préjudice à notre société et ceux qui y travaillent en accumulant les amalgames qui n'ont pas de sens et sont mensongers. Nous demandons un droit de réponse et le retrait immédiat de cet article. J'aimerais être contacté par le responsable de ce blog.
  • raisons : Amalgames mensongers, diffamation, utilisation frauduleuse de la marque et du logo. Nous avons la preuve que cet article mensonger a été lu et eu des répercussions directes à Bruxelles, répercussions que nous sommes en mesure de chiffrer.J'aimerais être contacté par le responsable de ce blog.

Si cette plainte est fondée, merci de bien vouloir faire le nécessaire pour retirer les textes, images et fichiers incriminés.
Cordialement,
- L'équipe d'OverBlog -

© 2012 over-blog.com - Tous droits réservés

 

Pourtant, en relisant notre article, on se demande bien ce qui peut heurter Infor ! La société n'est pas mise en cause directement, et outre l'usage "abusif" du logo que nous avons retiré, il faut bien reconnaître que Vsmart est loin d'être au point... et tout le monde le sait ! La fiabilité de la base de données est parfois aléatoire (notamment en cas de crash du serveur, mais pas seulement, des documents peuvent se retrouver à la fois sur la carte d'un usager et en rayon à la bibliothèque, certaines requêtes donnent des résultats absurdes...), les améliorations restent parfois lettre morte, la mise en place du module d'acquisition est très retardée. Bref, les bibliothécaires en souffrent et le public en pâtit au quotidien : comment le nier ?

Le fait est que dans notre article nous pointions surtout la position de l'administration qui devrait être en mesure de forcer le prestataire à réaliser ses demandes.

Quant au passage un peu narquois sur l'affichage des accents sur leur site, c'est de la blague, car ils y sont toujours !

 

Alors que faire ? Maintenant que nous avons retiré le logo de notre site, nous proposons à Infor de s'exprimer dans les commentaires, comme il est d'usage dans la blogosphère : lâchez vos com's !!!

 

Après notre article, la société "Infor" nous a finalement envoyé ses explications. Lire ici

 

 

                                                                L'émission "Droit de réponse" (TFI 1981-1987)

                                             infor 5      

                                                                      "Allez Infor, lâchez vos commentaires"          

 

 

 

 

Lire aussi 

Les bibliothèques de la Ville de Paris tournent au ralenti !   

Problèmes informatiques dans les bibliothèques parisiennes: Le droit de réponse de la société "Infor"                        

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5 décembre 2011 1 05 /12 /décembre /2011 09:39

 

La RFID à Paris, une mauvaise idée ? Retour d'expérience à la médiathèque Marguerite Yourcenar (XVè)

 

En 2008, un système qui utilise des puces émettant des radiofréquences, la RFID, était installé dans trois bibliothèques parisiennes. Un article : « La RFID, une mauvaise idée pour Paris » avait alors mis en garde contre l’installation aveugle de cette technologie, aussi bien en terme de fonctionnalités, d’efficacité budgétaire, des éventuels effets sur la santé ou de son impact en matière d’environnement. Trois ans après, où en est on ? Voici un premier bilan                                               

La RFID s’est imposée cette dernière décennie dans les bibliothèques du monde entier. A de rares exceptions près, toutes les nouvelles constructions de médiathèques se font avec cette technologie, en France (Rennes, Paris, Calais, Lyon, Bordeaux, Strasbourg…) mais aussi à l’étranger (parmi les exemples les plus marquants : Singapour, Lund, Cologne…  

Ce nouveau système d’identification est présenté comme très différent du système à code-barres qui prévaut dans les bibliothèques. Il permet notamment l’automatisation du prêt et du retour, le tri sur des tapis de rangement, des inventaires à la volée, la possibilité de stocker d’autres données dans la puce. 

 

 

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C’est dans ce contexte technologique enthousiasmant que la Ville de Paris décide de se lancer dans l’aventure avec un trio de bibliothèques en construction. Il s’agit de la bibliothèque spécialisée en cinéma François Truffaut (1er arrondissement), la bibliothèque Chaptal (9ème) et la médiathèque Marguerite Yourcenar (15ème) tête de proue des 60 bibliothèques du réseau qui toutes trois ouvriront leurs portes en 2008.

 

Depuis trois ans, d’autres bibliothèques ont ouvert ou réouvert avec ce nouvel équipement (Rostand, Clignancourt, Melville, Louise Michel et Marguerite Duras en 2010 qui devient à son tour le plus grand établissement de Paris).

Au bout de 3 ans et demi, le temps est venu d’un premier bilan, à l’heure où Paris a décidé de stopper le rééquipement des bibliothèques. Quelles promesses la RFID a-t-elle tenues ? Quels usages en font les lecteurs, les agents ? Quelles perspectives peut-on envisager par la suite ?  

Malgré un contexte propre aux bibliothèques parisiennes (SIGB en fin de vie, grandeur du réseau, manque de concertation en amont et en aval sur le choix de cette technologie), il est possible de dégager quelques grandes lignes générales sur l’usage et le développement de la RFID en bibliothèque.

 

Tour d’abord, la RFID n’a pas répondu aux attentes des professionnels. Les promesses non tenues sont les suivantes :

- L’étiquette RFID couple le code-barres à l’antivol. Malheureusement, nous avons des puces blanches, sans inscription. Nous devons donc quand même coller un code-barres.

Les étiquettes sont plus volumineuses que les antivols magnétiques. Ce sont surtout les documents jeunesse qui en pâtissent.

- Le contrôle de la complétude (vérification qu’un document multiple est bien complet : 1 disque + 1 livret ; un double DVD …) ne fonctionne pas ou si mal qu’il vaut mieux s’en passer pour éviter les erreurs de transaction.

- L’intégration au SIGB est nulle : la RFID n’étant pas du tout supportée par Vsmart, nous sommes obligés d’utiliser d’autres logiciels, de piètre qualité, qui sont totalement déconnectés du SIGB. Ce bricolage est source d’erreurs et empêche toute évolution vers une utilisation avancée de la RFID.

- L’inventaire à la volée, sans toucher les documents, est inefficace. Il n’est d’ailleurs plus question d’en faire.

- Les étagères intelligentes, capables de détecter les livres (mais pas de les ranger !) présents, ne sont même plus évoquées, tant leur prix est élevé et leur intérêt faible.

 

 

                                       rfid-tag

 

 

D’autre part, l’automatisation des transactions, si souvent avancée comme argument massue pour imposer la RFID, n’est pas une raison suffisante, notamment parce que la réalité du système impose des contraintes supplémentaires auxquelles la RFID ne répond pas.  

- Le passage au prêt automatisé exige une simplification de l’équipement pour fluidifier les transactions surtout lorsqu’elles sont, comme à Yourcenar, très importantes (plus de 850 000 prêts / retours prévus pour 2011). En effet, le multi équipement (plusieurs puces par document) est difficilement reconnu par les automates.

Enfin, il est nécessaire de prévoir un ou plusieurs agents chargés de montrer le fonctionnement des machines, de gérer les conflits, les problèmes (amendes, documents non empruntables etc.).

Il existe par ailleurs des automates de prêt qui utilisent la reconnaissance optique et la démagnétisation. 

 

En outre, il n’est pas évident que la RFID soit un modèle de vertu économique en cette période de crise  car sa mise en place implique de nombreux investissements :  

- Le coût financier de l’équipement d’abord, est colossal : il ne suffit plus d’acheter des consommables, un portique et un magnétiseur, il faut également installer un logiciel, acheter des platines et souscrire à un contrat de maintenance pour le tout…

- Ensuite, si l’on prend la chaîne du livre depuis son acquisition jusqu’au désherbage on se rend compte que la RFID ne fait qu’ajouter une ou plusieurs opérations là où elle nous est présentée comme la possibilité de dégager du temps pour renseigner les lecteurs.

- Contrairement aux code-barre qui sont quasiment inusables, les puces sont très fragiles : au moindre pli, le signal est rompu. Les puces pour CD et DVD ont durée de vie très faible, de l’ordre de 3 à 5 ans maximum.

- Enfin, le recyclage de ces éléments métallique et toxique (présence d’un circuit intégré) n’a jamais été pensé mais il est évident qu’une puce est beaucoup plus nocive qu’un simple autocollant imprimé.

 

La RFID a suscité de grands espoirs parmi les membres de la profession. Les tutelles, séduites par le discours rassurant et résolument moderne des vendeurs de puces, ont succombé à ces charmes, pensant ainsi être à la pointe de la bibliothéconomie. Dans la réalité, il est à regretter principalement deux choses :  

- Que la RFID ait essentiellement été un argument pour réduire le nombre d’agents titulaires dans les bibliothèques en introduisant l’automatisation des prêts ; et en oubliant totalement l’aspect relationnel de notre métier

- Que l’investissement dans cette technologie inaboutie ait réduit l’intérêt des professionnels pour ce qui aurait dû véritablement être au cœur de nos préoccupations : l’amélioration du SIGB et des portail documentaires.

 

 

 

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                                                          Un automate de prêt

 

 

 

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La RFID, une mauvaise idée à la Ville de Paris

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Published by Nicolas SAUTEL-CAILLE - dans Bibliothéconomiquement Vôtre
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