Blog d'informations culturelles et sociales à la Ville de Paris
15 Mars 2016
Loi travail : une radicalisation néolibérale
Même si le projet de « loi travail» est remanié ou abandonné, il marquera la présidence Hollande. Les millions d’électeurs qui ont cru voter pour une politique de gauche n’anticipaient pas le projet de transformation de la relation salariale le plus néolibéral de tout l’après-guerre. On chercherait longtemps la « loi El-Khomri » dans les soixante engagements du candidat François Hollande mais on trouverait sans peine ses principaux éléments dans les demandes du patronat et les programmes des candidats de droite les plus libéraux et marginaux. Mais la droite, dans son ensemble, n’a jamais osé proposer ni mettre en œuvre une « réforme » de cette ampleur ; et pour cause, une partie de sa propre base sociale goûte peu les charmes de la précarité. La loi travail, c’est la revanche d’Alain Madelin.
L’offensive surprend quand même par sa violence. Sans faire explicitement campagne sur ce thème, François Hollande envisageait bien des « réformes » du marché du travail suivant l’exemple allemand. Mais l’objectif des fameuses lois Hartz n’était pas, au moins dans un premier temps, de flexibiliser tous les contrats de travail. Il s’agissait de développer un secteur de jobs précaires et mal payés pour occuper les chômeurs de longue durée et/ou peu qualifiés qui sinon toucheraient une aide sociale calculée au strict minimum. D’ailleurs, si on se fie aux indicateurs de l’OCDE, les salariés en CDI sont maintenant mieux protégés en Allemagne (et aux Pays-Bas) qu’en France. De plus, des « réformes », il y en a eu depuis 2012. Mais leur manque de résultats semble inciter à la fuite en avant.
La forme surprend aussi. Le gouvernement a sauté l’étape de négociations formelles préalables avec les syndicats, qui permet, en principe, de s’assurer un soutien minimal de la part des organisations les plus arrangeantes. Il a peut-être estimé que la préparation d’artillerie médiatique consécutive à la publication des rapports Combrexelle, Badinter, Terra Nova et consorts pouvait suffire. L’idée que la législation de l’emploi était une cause voire la cause du chômage a été martelée avec obstination. On nous a rabâché que le code du travail était « obèse », qu’il fallait le simplifier, que les entreprises avaient peur d’embaucher par crainte de ne pouvoir licencier… Certains économistes ont bien attiré l’attention sur la fragilité de ce raisonnement ; on peut aussi rappeler qu’empiriquement, il n’est pas du tout vérifié que les pays où la législation du travail est la plus protectrice sont ceux où le chômage est systématiquement le plus élevé. Qu’importe, la petite victoire du gouvernement est probablement d’avoir inculqué l’idée qu’il fallait « réformer » ; comme l’Espagne et l’Italie, deux pays où l’emploi n’a toujours pas retrouvé le niveau de 2008.
Alain Madelin avec Frère Léo et un ancien d'Occident
- Bon les gars, je vous propose de faire de l'entrisme chez les socialos
- Heu t'es sûr qu'on va pas se faire repérer ?
- Jacques, avec toi j'e penchais trop à gauche alors j'ai fini par rejoindre les socialistes