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11 octobre 2011 2 11 /10 /octobre /2011 10:00

 

Le Journal Du Dimanche: 9 octobre 2011

 

Picasso, Braque, Léger... le récit d’un casse extraordinaire

 

"L' homme arraignée" avait volé cinq toiles au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris en mai 2010.  Léger, Picasso et Braque auraient fini à la poubelle. Révélations.

 

Un Picasso, un Braque, un Modigliani, un Matisse et un Léger. Cinq chefs-d’œuvre estimés à 100 millions d’euros ont-ils été jetés dans une vulgaire poubelle sur un trottoir parisien, broyés dans une benne à ordures au printemps dernier ? Ces toiles de maîtres, dérobées dans la nuit du 19 au 20 mai 2010 au musée d’Art moderne de la Ville de Paris, ont-elles été à jamais rayées du patrimoine artistique mondial parce qu’elles brûlaient les doigts des voleurs ? Même s’ils s’avouent sceptiques, les policiers de la Brigade de répression du banditisme (BRB) n’écartent pas totalement cet incroyable scénario, dessiné récemment par l’un des trois hommes mis en examen pour "vol en bande organisée", "recel" et "association de malfaiteurs", et incarcérés.

 

Il aura fallu quatorze mois aux enquêteurs pour débusquer le voleur et ses deux receleurs. Le premier s’appelle Vrejan T., un Serbe de 43 ans, surnommé "l’homme-araignée". Sa spécialité ? Le vol par escalade. "Un type sec et athlétique mais aussi un véritable amateur d’art", lâche un proche. "Un solitaire chevronné qui n’a pas son pareil pour cambrioler les beaux appartements sans se faire voir", concède un policier.

 

Fiché pour une trentaine d’affaires et déjà condamné, Vrejan T. était dans le viseur de la BRB qui, le 13 mai dernier, le cueille devant son domicile à Montreuil (Seine-Saint-Denis). L’homme décharge alors des sacs remplis d’appareils photo, de bons au porteur vénézuéliens, de tableaux anciens, de bijoux en or et de livres rares provenant du cambriolage d’un appartement dans les beaux quartiers parisiens, avenue Montaigne.

 

Les détails de sa folle nuit au Musée. Mis en examen et incarcéré, le Serbe est interrogé le 14 septembre par la BRB qui, ayant accumulé des éléments le mettant en cause, devine en lui le possible Arsène Lupin du Palais de Tokyo. Vrejan T. finit par livrer tous les détails de sa folle nuit au musée. Ayant jugé le système de sécurité plutôt médiocre lors de ses repérages, il jette son dévolu sur un Fernand Léger, Les Disques dans la ville, exposé près d’une fenêtre. Trois jours avant de passer à l’action, il enduit discrètement de décapant à peinture les vis extérieures qui retiennent les montants. Le 19 mai, à 3 h 50, "l’homme-araignée", ganté, le visage dissimulé par une capuche, enjambe le balcon du musée et dépose facilement la fenêtre avec son tournevis électrique.

 

Il sectionne ensuite le cadenas de la grille coulissante et se retrouve dans l’une des salles. Manque de chance, le Léger a été remplacé par un autre Léger. Vrejan T. s’empare de Nature morte aux chandeliers et regagne sa voiture, garée à proximité. "Il avait prévu de fuir tout de suite mais dit avoir été surpris par le non-déclenchement de l’alarme", indique une source proche de l’enquête. Et pour cause, celle-ci est en panne depuis le 30 mars…


 

                                      images

 

 

Un antiquaire et un réparateur de montres pour complices. Incapable de résister à l’appel de tous ces tableaux sans défense, il revient sur ses pas et, pendant plus d’une heure, déambule d’une salle à l’autre. Au gré de ses envies du moment, il se sert parmi les toiles de maîtres (Picasso, Braque, Matisse, Modigliani). Un homme de goût… "Il a trouvé que le Modigliani était le plus beau de tous", précise une source proche du dossier. Puis le voleur disparaît avec son butin, tranquillement, bien avant la ronde de 6 heures. Malgré la trentaine de caméras de surveillance, les trois gardiens présents dans le PC sécurité n’ont rien vu.

 

Face aux enquêteurs de la BRB, Vrejan T. assure avoir agi contre 40.000 euros offerts par un receleur qui aurait commandité le vol du Fernand Léger. Ce deuxième homme, Jean-Michel C., 56 ans, est propriétaire de la boutique Antiquités Bastille, à Paris. Il achète aussi de l’or. "Ce type a gagné beaucoup d’argent comme dirigeant dans l’informatique, mais sa reconversion dans les objets anciens, au début des années 2000, a été un échec", indique un proche. Soupçonné de malversations par les policiers, Jean-Michel C. est interpellé le 11 mai dernier.

 

La BRB saisit alors dans son hôtel particulier du Val-d’Oise et dans son magasin plusieurs tableaux et objets de valeur provenant de deux cambriolages commis à Paris en 2009. "Le Serbe l’a balancé car il n’a pas touché les 40.000 euros promis, explique un connaisseur du dossier. En plus, il avait enregistré à son insu une conversation où ils évoquaient le casse." L’antiquaire, qui récuse le rôle de commanditaire, assure au contraire s’être retrouvé du jour au lendemain avec cinq toiles sur les bras…

 

Une marchandise encombrante qui atterrit chez un de ses proches, Jonathan B., 34 ans. Jusqu’alors, ce propriétaire d’un atelier de réparation de montres, toujours à Paris, passait pour un expert reconnu. "Quelqu’un de très efficace, à l’avis très sûr, qui n’a jamais posé le moindre problème", s’étonne le commissaire-priseur Claude Aguttes, de Neuilly-sur-Seine, qui le faisait intervenir sur ses ventes aux enchères. Après avoir longtemps nié, Jonathan B. a finalement reconnu avoir caché le trésor du musée d’Art moderne.

 

Une histoire digne des Pieds Nickelés. Selon Jean-Michel C., l’antiquaire, Jonathan B. aurait évoqué la piste d’acheteurs potentiels en Israël. Mais après l’incarcération de ses complices en mai dernier, "l’horloger" aurait, selon sa déposition devant les policiers, paniqué et détruit les toiles avant de les jeter à la poubelle…

Contactés par le JDD, les avocats des suspects n’ont pas souhaité s’exprimer sur ce funeste scénario digne des Pieds nickelés. Est-il le bon? "Ce vol était un non-sens, il n’y avait aucune chance de revendre des toiles aussi connues", soupire un enquêteur. "À ma connaissance, il n’y a pas eu de demande de rançon", affirme Christophe Girard. L’adjoint au maire de Paris chargé de la culture garde malgré tout l’espoir de voir ces chefs-d’œuvre réapparaître un jour.


Jean-Pierre Vergès et Stéphane Joahny - Le Journal du Dimanche 


 

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Pour lire l'article du Journal Du Dimanche

 

 

 

 

Sur le même sujet:  Le Musée d’Art Moderne menacé de fermeture à cause des risques d’incendie !

 

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Published by parisculturesociale - dans Revue de presse
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